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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/145

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un phénomène naturel pour mieux en observer les circonstances : il produit un tourbillon en agitant l’eau d’un vase ; il a l’idée de construire un œil artificiel pour étudier la formation des images sur la rétine. Il n’insiste pas, comme Bacon, sur les règles que doit suivre l’expérimentateur, il les suit d’instinct : sa logique naît de son effort vers la vérité. « Avant de faire de ce cas une règle générale, expérimente-le deux ou trois fois, et regarde si les expériences produisent les mêmes effets. » Ce n’est pas assez de répéter les expériences, il faut les varier, pour n’être pas dupes d’analyses superficielles. « Ne vous fiez donc pas, vous spéculateurs, aux auteurs qui ont voulu, avec leur seule imagination, se faire interprètes entre la nature et l’homme, mais seulement à ceux qui, non sur des signes de la nature, mais avec les résultats de leurs expériences, ont exercé leur esprit à reconnaître comment les expériences trompent qui ne connaît pas leur nature, parce que celles qui maintes fois paraissent identiques sont très différentes, comme on le montre ici. » Il s’agit des auteurs qui soutiennent qu’étant donné un moteur qui chasse un poids à une distance donnée, on peut multiplier la distance à l’infini en divisant le poids à l’infini.

L’induction, en nous élevant des faits particuliers aux lois générales, nous fournit des principes dont nous sommes autorisés à tirer des conséquences que les faits ne sauraient démentir. « Quelquefois, dit Léonard, je conclurai les effets des causes et quelquefois les causes des effets, ajoutant à mes conclusions quelques vérités qui, bien que n’étant pas incluses en elles, peuvent néanmoins s’en déduire… Il n’y a pas lieu de blâmer ceux qui invoquent, (infra l’ordine del processo della scientia) dans la suite méthodique du développement de la science, les règles générales tirées d’une conclusion antérieurement établie. » Dans les problèmes complexes, où l’expérience directe est impossible, Léonard déduit les effets qui résultent de l’action combinée d’un certain nombre de lois connues (Traité des eaux), complétant l’une par l’autre les deux grandes méthodes de l’esprit humain. Observation, expérience, induction, déduction, sous le nom d’expérience, il comprend tous les procédés qu’impose à l’homme la nécessité de découvrir une vérité dont il n’est point l’auteur.


IV

L’expérience commence la science ; sans elle, nous ne pouvons connaître ni les faits, ni leurs rapports. Mais les rapports, que nous nous bornons d’abord à constater, nous devons les mesurer,