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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/14

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nécessaire, à une dissolution par l’ordonnance du 5 septembre 1816. La chambre de 1815 n’avait pas duré un an ! C’est le premier acte du drame, où se dessinent déjà tous les personnages du temps.

Au moment où ces luttes s’ouvraient, où commençaient à se dégager les opinions et les talens, M. Joseph de Villèle était un inconnu comme tant d’autres ou du moins il ne pouvait être qu’à demi connu par un petit écrit qu’il avait publié à Toulouse, à la veille de la première Restauration, où il avait déposé, avec quelques idées vagues, une protestation contre la charte. C’était un député obscur de plus, mais un député mûri, préparé pour les affaires par les hasards d’une jeunesse éprouvée. Il avait déjà plus de quarante ans, — il datait de 1773 ; il était né d’une de ces modestes familles de noblesse provinciale très anciennes, très respectées, quoique n’ayant aucun titre attaché à leur nom, comme il y en a eu longtemps en Languedoc avant qu’on ne songeât à des affectations d’anoblissement factice. Par une fortune singulière, il n’avait vu la révolution et n’en avait ressenti les contre-coups que de loin. Jeune élève de marine, au moment où elle commençait, il était parti une première fois tout juste le 14 juillet 1789 pour une croisière devant Saint-Domingue, et une seconde fois, en 1791, pour ne revenir qu’après une absence de près de vingt années. Il avait servi avec l’amiral de Saint-Félix, son compatriote, avec Magon, qui devait être un des morts héroïques de Trafalgar, avec le caustique et habile Decrès, le futur ministre de l’empire. Ces années d’absence qu’il avait passées avec des fortunes diverses dans la mer des Indes, surtout à l’île de France et à Bourbon, n’avaient pas été stériles pour lui.

Jeté à vingt ans loin de la France livrée aux convulsions révolutionnaires, loin de sa famille que son inscription sur les registres de la marine préservait des confiscations, le jeune Villèle avait eu le temps et l’occasion d’assister à des événemens aussi instructifs que douloureux. Il avait vu l’Angleterre profiter des troubles de la France pour étendre sa domination dans les Indes. Il avait vu la force de cette belle marine française, formée sous Louis XVI, se dissoudre à demi par l’indiscipline, la révolte, fomentée par les sociétés populaires de l’Ile de France, gagner les équipages, contraindre l’amiral de Saint-Félix à résigner son commandement et obliger de jeunes officiers comme lui à quitter le service. Il avait vu enfin se reproduire à 4,000 lieues de la patrie, dans un petit cadre colonial, des essais de révolution, des semblans de terreur, et la désorganisation envahir ces îles lointaines où flottait encore le drapeau français. Il avait été lui-même un instant menacé, emprisonné pour avoir voulu dérober son chef, M. de Saint-Félix, à