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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/135

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Nous ne connaissons pas aussi bien que nous le souhaiterions la vie de Léonard. Les documens publiés, contrats, comptes de banque, bilan de la fortune de son père, ne nous apprennent pas ce qui surtout nous intéresserait. Nous savons combien il déposa de florins à l’hôpital de Santa-Maria-Novella, nous aimerions mieux savoir ce qu’il a mis de lui-même dans les passions auxquelles l’homme n’échappe guère. L’amour tardif de Michel-Ange pour Vittoria Colonna lui inspira les plus touchans de ses sonnets ; Léonard ne nous a laissé d’autre confidence que le portrait de la Joconde, dont le mystère ne sera pas dévoilé. Il y a dans cette ignorance même quelque chose qui irrite notre curiosité. L’intérêt du roman banal relève l’austère histoire d’un grand esprit. Dans ses carnets si nombreux, Léonard constate à plus d’une reprise les événemens qui le concernent, mais dans une phrase courte, avec une date précise, sans commentaires, sans rien exprimer des sentimens qu’ils éveillent en lui.

Il y a dans ce silence même un enseignement. Les grandes passions de Léonard sont impersonnelles, ou plutôt elles vont, en lui-même, à ce qui le dépasse, à la vérité qu’il cherche, à la beauté