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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/957

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mouvemens d’indépendance qui s’essaient dans des contrées où elle règne encore aujourd’hui ?

Il y a des affaires pour toutes les nations en ce monde. Il y a des affaires qu’on pourrait prévoir, parce qu’elles sont la suite d’une politique, et il y a l’imprévu qui vient parfois ajouter ses surprises aux embarras inévitables. Depuis qu’un ministère nouveau est né en Italie, il n’a point eu, certes, une tâche facile. Il a eu, pour son début, à liquider une situation où de faux calculs ont accumulé les difficultés de toute sorte, difficultés diplomatiques, difficultés financières, et il se serait probablement bien passé de l’ennui d’un de ces incidens malencontreux autant qu’inattendus qui compliquent à l’improviste les relations d’un pays. Le ministère du marquis di Rudini a eu, il a encore tout à faire. Et d’abord il s’est trouvé avec l’embarrassant héritage de la politique coloniale de M. Crispi.

Le fait est que dans cette politique remuante et ambitieuse, il y a eu depuis longtemps plus de mirages que de réalités et il y a aujourd’hui plus de mécomptes que de résultats rassurans. Il y a une triste et maussade affaire d’exactions, d’extorsions, de violences, qui engage la responsabilité d’un certain nombre d’agens de l’administration de Massaouah, notamment d’un officier de l’armée, et qui va être l’objet d’un procès. Il y a surtout et avant tout pour le nouveau ministère italien la question même de la politique à laquelle on doit définitivement s’arrêter dans la Mer-Rouge. M. Crispi s’est nourri lui-même et a nourri son pays d’illusions. Il avait rêvé un empire auquel il donnait le nom classique d’Erythrée. Il avait fait luire aux yeux des Italiens ce mirage d’un protectorat qu’il aurait négocié avec le négus d’Abyssinie Ménélick et qu’il avait même déjà annoncé à l’Europe. Il s’était flatté d’obtenir de l’Angleterre des avantages sur le Haut-Nil, l’occupation de Kassala. Qu’en est-il réellement ? Le rêve a tout l’air de s’évanouir. Le négus Ménélick ne veut plus entendre parler d’un protectorat qu’il n’avait pas compris et se prétend mystifié ! Le comte Antonelli, plénipotentiaire attitré auprès de lui depuis quelque temps, revient sans avoir fait fléchir l’orgueil du petit potentat jaloux de sa souveraineté. Le cabinet de Rome s’est résigné fort sagement à accepter les conditions que lui fait l’Angleterre sous prétexte de tracer une délimitation illusoire des « sphères d’influence des deux pays. » De fait, la domination italienne semble ramenée, pour le moment comme au début, à Massaouah et à un rayon assez restreint. Tout, en vérité, est obscur dans cette affaire, qu’une commission d’enquête récemment nommée est chargée aujourd’hui de débrouiller. Le nouveau ministère de Rome, dans tous les cas, semble résolu à éviter de se jeter dans les hasards des entreprises démesurées, à limiter surtout les dépenses que nécessiterait la politique d’aventure suivie depuis quelques années. Il ne pouvait certes rien décider de mieux dans l’intérêt de son pays. Cette