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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/932

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D’après lui, les Allemandes peuplent pour moitié les mauvais gîtes de la planète, depuis les confins de la Sibérie jusqu’aux extrémités de l’Amérique. Dans la session de 1881 à 1882, le Reichstag a pris la résolution de limiter, et, s’il se pouvait, de supprimer cette traite des blondes…

Au reste, ce n’est pas parmi nous, disent les socialistes, qu’il faut chercher la plus âpre critique des mœurs contemporaines, telles que les ont faites les classes dominantes, mais bien chez les auteurs favoris de ces classes mêmes. Si l’on veut connaître une société, il est bon de lire ses romans. Or, les écrivains réalistes, acharnés à étaler les plaies et les hideurs du monde, travaillent pour leur cause. Le journal officiel du parti en Allemagne, le Vorwaerts, publie des traductions de Guy de Maupassant, des analyses de Zola. Le théâtre socialiste, organisé à Berlin pour la propagande, joue les pièces de Tolstoï, d’Ibsen. Toute cette littérature imprégnée de pessimisme social prouve à quel point le socialisme est dans l’air.

La transition de la société actuelle à la société future s’accomplira ici encore, selon Bebel, naturellement, nécessairement : l’émancipation des femmes est en voie de se réaliser dans tous les pays civilisés. Elles commencent à suivre les carrières libérales, la médecine notamment : en Angleterre, en Amérique, elles votent, dans certains cas ; des états de l’Union les admettent au banc du jury, leur accordent même des fonctions de juges de paix ; il n’est guère de pays où certaines administrations publiques ne leur soient ouvertes. Enfin le mariage s’allège et se relâche de plus en plus, grâce au divorce, qui tend à le rapprocher de l’idéal socialiste : un simple contrat privé sans privilège pour l’homme, révocable au gré des parties, où l’église et l’Etat n’aient à intervenir, ni pour le former, ni pour ! e dissoudre. Bebel reconnaît que cette intervention de l’État est aujourd’hui nécessaire à cause du droit successoral. Dans la société de l’avenir, il rejette également la polygamie et la prostitution. Si une statistique était possible, et à s’en rapporter au nombre des enfans naturels, on constaterait d’ailleurs que le mariage libre est une institution clandestine très florissante parmi les classes riches et cultivées. Puisqu’il existe en fait, il n’y aurait donc qu’à le proclamer. Mais de croire qu’ainsi disparaîtraient les maux et les misères des passions de l’amour, jalousie, servitude, etc., là est l’illusion, là est la chimère.

La thèse de Bebel est fondée sur l’égalité naturelle de l’homme et de la femme ; il n’accorde au premier aucune supériorité ni de courage, ni d’intelligence, et à la seconde, ni de ruse, ni de finesse ; il n’y a entre les deux, conclut-il naïvement, que des différences physiologiques. Eh ! oui, justement tout est là ! La grossesse et la maternité sera toujours pour la femme une effroyable