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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/891

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Bien avant qu’une solution convenable eût permis d’appliquer en grand la viticulture fondée sur l’emploi des cépages américains, les agriculteurs du sud-est avaient reconnu que les plants étrangers, portant peu de raisins et fournissant un vin très médiocre, ne pouvaient répondre directement au desideratum cherché. Il ne s’agissait pas seulement de découvrir des ceps résistant à l’insecte ; il fallait en outre amener ces souches infertiles à donner des productions comparables à celles d’autrefois. Enfin, les propriétaires languedociens, — et on ne saurait leur en faire un reproche, — tenaient beaucoup à leurs vieilles races perfectionnées par la sélection et ne pouvaient se résoudre à les abandonner irrévocablement.

L’obligation même où l’on se trouvait de trancher en même temps deux questions qui semblaient s’exclure : celle de la résistance et celle du produit, aboutit à la mise en pratique des deux méthodes encore en usage. En ce qui concerne la plaine de Montpellier, l’une consiste à utiliser le jacquez, l’autre à employer le riparia greffe.

Le jacquez est un hybride obtenu par le croisement des vignes américaine et française. Issu de plants exotiques, il résiste assez bien au phylloxéra, quoique son immunité ne soit pas absolue et qu’il faiblisse par moment. Il se plante et se cultive absolument comme les anciens cépages français, produit énormément de bois et se couvre, au printemps, d’un luxuriant feuillage dont la teinte vert foncé se discerne de fort loin. Malheureusement, la beauté des fruits ne correspond pas à cet aspect extérieur si plantureux : les grappes sont composées de grains petits et médiocrement juteux. Somme toute, le jacquez produit peu à l’hectare. Ses raisins, une fois pressés, donnent lieu à un vin alcoolique, mais de goût médiocre, très foncé, mais d’une nuance désagréable à l’œil et d’une conservation difficile, pour peu qu’il n’ait pas été obtenu avec beaucoup de soin. On accuse encore le jacquez de ne pas produire très régulièrement, et surtout de redouter beaucoup les maladies cryptogamiques. Les partisans de ce cépage répondront que la production du jacquez peut être fortement accrue par des soins intelligens et de fortes fumures ; qu’en cueillant les grappes avant la maturité complète, le vin de jacquez dure assez longtemps, surtout s’il a reçu un peu d’acide tartrique ; que la même vigne, largement aspergée de bouillie, résiste au mildew. La culture du jacquez, on peut en être certain, prendrait beaucoup d’extension si l’on parvenait enfin à découvrir ce que l’on cherche depuis longtemps, le fameux « jacquez à gros grains. »

Mais cet heureux phénix est encore à trouver.