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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/875

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plus intelligens sont presque toujours les plus enclins à la profusion. Ils secondent à merveille, cependant, un propriétaire dont la main suffisamment ferme les arrête sur la pente des dépenses superflues. Quant aux abus, quant aux détournemens même, il serait puéril de nier qu’il puisse s’en produire, et assez fréquemment ; mais ailleurs, comment oser se flatter de les éviter en confiant ses terres à un fermier ou à un métayer ?

En tout cas, on voit souvent plusieurs générations de paires se succéder sur le même domaine, de père en fils ou de beau-père en gendre, et, de plus, une excellente coutume locale, déterminée par les circonstances, veut que le paire soit, autant que possible, un enfant du pays, élevé dans le voisinage. Cet usage contraste d’une façon absolue avec les habitudes imposées par la nécessité lorsqu’il s’agit du recrutement des autres domestiques.

Lorsqu’une propriété offre beaucoup d’importance ou que son possesseur ne séjourne pas à proximité, ou enfin lorsque d’un même maître dépendent plusieurs exploitations voisines, mais distinctes, le régisseur ou l’homme d’affaires vient s’interposer entre le paire et son maître, comme un intermédiaire souvent indispensable, toujours coûteux. Mais ce mode de gestion, qui s’applique, d’ailleurs, bien entendu, à la généralité des domaines dont nous parlerons plus loin, n’offrant rien de particulier, sauf l’importance des frais à régler et des recettes à percevoir, nous n’insisterons pas davantage.

Bien avant que l’invasion du phylloxéra ne vînt bouleverser les conditions économiques de la culture du sol dans l’Hérault, le terroir où nous allons introduire nos lecteurs avait eu son heure de célébrité dans une bonne partie de la France. Vers l’année 1860, la compagnie des chemins de fer du Midi conçut l’idée d’assurer à son réseau un important débouché en prolongeant jusqu’à Marseille la voie ferrée déjà construite de Bordeaux à Cette. Deux projets étaient en présence. Le premier consistait à suivre exactement le cordon littoral de Cette à Aigues-Mortes ; d’Aigues-Mortes, le tracé se dirigeait de façon à effleurer les salines de Peccais, et, la traversée du Petit-Rhône une fois effectuée, la voie pénétrait en Camargue et passait à trois ou quatre kilomètres au nord du bourg des Saintes-Mariés. Le second plan, moins direct, mais mieux conçu que l’autre, faisait infléchir la future ligne vers le nord, à partir de son point d’origine, lui faisait contourner le flanc septentrional de la chaîne de la Gardiole, en vue d’atteindre Montpellier. La compagnie du Midi se serait construit, dans cette ville, une gare spéciale ; puis les rails, après avoir coupé ceux de la ligne Paris-Lyon-Méditerranée, se seraient alignés sur Aigues-Mortes, en