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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/872

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encore en bonne voie de reconstitution. Nous nous garderons bien, de peur d’offenser les Bourguignons, d’affirmer que les crus du Bordelais produisent les meilleurs vins de la France ; mais, s’il est difficile de décerner un premier prix en ce qui concerne la qualité, il ne faut pas oublier qu’en 1888 le département de la Gironde a été celui qui, dans la France entière, a produit le plus grand nombre d’hectolitres de vins, après celui de l’Hérault.

Bien que les plantiers ne soient pas rares dans le reste de la Guyenne, dans la Gascogne et le Haut-Languedoc, ces provinces ne sauraient être comparées au Bordelais, ni sous le rapport de la qualité des produits, ni à l’égard de leur quantité. Mais le voyageur qui accomplit en chemin de fer le trajet de Bordeaux à Cette est frappé par la transformation qui se déroule sous ses yeux à la hauteur de Carcassonne. En même temps que le ciel s’éclaircit et que les premiers oliviers, d’abord chétifs et dispersés, font leur apparition, les vignobles se multiplient à perte de vue dans la riche plaine de l’Aude, éliminant les autres cultures. La locomotive a déjà franchi Narbonne, Coursan, puis Béziers et Agde, et le spectacle ne varie plus, peu différent, somme toute, de ce qu’il était il y a vingt ans. A partir du moment où les wagons, entraînés par la vapeur, roulent entre la mer et l’étang de Thau, le long des solitudes de l’isthme des Onglous, notre voyageur, que nous supposons revoir le pays à la suite d’une longue absence, sera tout étonné de découvrir de jolis vignobles, admirablement bien tenus, prospérant dans les sables du bord de mer, autrefois réputés infertiles. S’il prolonge sa route vers Montpellier et Arles, sur la ligne Paris-Lyon-Méditerranée, il reverra encore de nombreux et riches vignobles, jusqu’aux rives du grand Rhône. Au-delà de ce fleuve, les céréales et les cultures fourragères prendront le dessus et, graduellement, remplaceront les vignes. Celles-ci, quoique très répandues et bien soignées, ne sont pas aussi resserrées aux approches de Nîmes qu’aux alentours de Montpellier. On s’aperçoit que le travail de reconstitution, plus tardif, plus incomplet, a été entrepris sur une moindre échelle. Cette assertion perd, il est vrai, chaque jour, de sa valeur ; encore moins préjuge-t-elle de l’avenir, qui, espérons-le, réservera de belles vendanges aux riverains de la Durance, du Rhône moyen ou de l’Argens, toutes régions aptes à la production extensive du vin.

Le second des deux « loyers » auxquels nous avons fait allusion occupe ainsi les plaines du Bas-Languedoc, des Corbières à la Camargue. Tout le long de la voie ferrée, on remarque des millions de souches alignées en carré, on contemple des vignobles purgés d’herbes comme les allées d’un parc, labourés et pioches