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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/868

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dans certaines branches d’industrie, sont manifestement insuffisans. C’est au contraire à les relever que nous devons tendre de toutes nos forces, et il n’y a qu’un moyen pour cela : c’est de maintenir le cours de nos produits à un taux suffisamment rémunérateur en empêchant leur avilissement excessif par la concurrence étrangère. C’est ainsi que les tarifs de douane se lient à la question sociale elle-même dans ce qu’elle a de plus aigu. » Quel est le prix « rémunérateur » des produits ? Où commence « l’avilissement excessif ? » Quel doit être le taux « suffisant » du salaire ? Il est peut-être imprudent de soulever ces questions si graves quand on n’a pas le pouvoir de les résoudre. La concurrence étrangère n’est pas la cause unique, ni même principale, de l’avilissement des produits ; la concurrence intérieure est là qui suffit pour provoquer de brusques écarts dans les prix et qui rendrait tout à fait inefficace le procédé recommandé par M. Méline. A moins de fixer par décret le chiffre de production dans chaque industrie, le taux du salaire suffisant et le prix des marchandises, on n’aperçoit point comment il serait possible de réaliser cette conception, vers laquelle tendent plus ouvertement le socialisme d’État et le collectivisme. La liberté et le cours naturel des choses, sur un grand marché de travail, sont encore les seuls moyens pratiques de sauvegarder le salaire. Puisque, sous le régime relativement libéral inauguré en 1860, certains salaires ont pu hausser de 50 pour 100 et même plus (assertion qui nous paraît un peu exagérée), est-il sage de détruire-cette législation, et est-il bien sûr qu’une législation contraire, la protection à outrance, aurait de meilleurs résultats ? Ce qui est certain, c’est que le renchérissement général, sur lequel on compte pour relever les salaires, augmenterait immédiatement le prix de tout ce que les ouvriers consomment en attendant les compensations douteuses qu’on leur promet.

Dans ce système, que devient l’intérêt de la masse des consommateurs, c’est-à-dire de tout le monde ? On nous dit que tout consommateur est producteur, et vice versa, de telle sorte que chaque individu, cumulant les deux rôles, retrouverait en profits comme producteur ce qu’il aurait déboursé en plus comme consommateur. Cet argument, qui donne à chacun de nous un faux air de Janus à double face, est absolument inacceptable. Nous sommes tous consommateurs, nous ne sommes pas tous producteurs. Une portion notable de la nation subirait, sans compensation aucune, les effets de ce nouveau tarif protecteur. Il est vraiment inutile d’insister sur ce point. Chacun peut faire son compte, en observant ce qu’il en coûte pour le pain, quand on ne peut pas l’acheter en Belgique.

Viennent enfin les intérêts de notre commerce d’exportation. Ce