Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/862

Cette page n’a pas encore été corrigée


laine. Voilà enfin un rapporteur libéral. Il est vrai qu’il est du Jura et que, par exception, il n’est incité par aucune préoccupation électorale à protéger outre mesure une industrie que son département n’exerce pas. « Le projet du gouvernement, dit-il, contient des relèvemens de droits demandés par quelques centres industriels moins favorisés que les autres centres… Au tarif minimum, les propositions gouvernementales accusent une certaine augmentation sur le tarit conventionnel actuel. Cette augmentation a paru insuffisante à la commission, qui l’a encore majorée sur plusieurs points, sans peut-être assez se préoccuper des représailles qui pourraient en résulter de la part des nations étrangères. Ce n’est là, d’ailleurs, qu’une réserve toute personnelle à votre rapporteur… » Eh bien ! est-il raisonnable, même au point de vue protectionniste, de relever les droits ? Pour tous les tissus de laine, comme pour les autres tissus, le tarif est augmenté, sans nécessité aucune, quelquefois pour donner satisfaction à une réclamation individuelle ou aux désirs d’un collègue. « Sur la demande d’un membre de la commission des douanes, nous avons élevé les droits sur ces tissus à 400 francs au tarif minimum et à 500 francs au tarif général. » On n’est pas plus aimable. Et voilà ce que le président de la commission, M. Méline, appelle une enquête sérieuse !

Il est inutile de s’arrêter au tarif des soieries, auquel la commission ne propose pas d’apporter de modifications sérieuses, l’industrie lyonnaise n’ayant pas d’ailleurs réclamé une plus forte dose de protection. Après avoir examiné les articles du nouveau tarif qui intéressent l’alimentation et le vêtement, nous arrivons à ce qui concerne le logement et l’ameublement. Jusqu’ici, la plupart des matériaux employés à bâtir ont été exempts de droits. Aucun de nos législateurs, si protectionniste qu’il fût, n’avait songé à imposer les tuiles, la brique, le ciment, la chaux, et cent autres produits analogues qui sont en quelque sorte les matières premières de l’habitation humaine. La commission des douanes a voulu réparer cet oubli. La plupart des matériaux seraient désormais taxés, jusqu’aux pavés ! Droits minimes, sans doute, mais encore, à quoi bon ? Partout on s’occupe d’améliorer l’habitation ; à Paris et dans nos principales villes, à la campagne, autour des usines, on construit des maisons ouvrières. N’est-il pas contradictoire de proposer des taxes dont la conséquence serait d’augmenter, si peu que ce soit, le coût des constructions ? De même pour les bois : le tarif actuel accorde la franchise à presque tous les bois propres à la construction et au chauffage. La commission entend les protéger. « Cette préoccupation, dit le rapporteur, député du Doubs, est pleinement justifiée par le souci des intérêts de l’État,