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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/854

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commission. Le gouvernement n’avait pas pensé aux boyaux, mais « l’attention de la commission a été attirée par les fabricans de boyaux pour la charcuterie sur l’importation des boyaux de bœuf, de porc et de mouton venant de l’étranger. » Et les boyaux du bétail national seront protégés au tarif n° 20 bis par un droit de 6 à 10 francs les 100 kilogrammes. Que l’on veuille bien excuser ces détails et ces chiffres. Ils sont nécessaires pour montrer à quel point la commission a franchi toutes les bornes acceptables de la protection.

Quant aux céréales, peut-on espérer que la chambre reviendra sur les lois récemment votées, qui ont établi des droits de 5 francs par 100 kilogrammes sur le blé, de 8 francs sur les farines et de 3 francs pour le maïs ? Bien que tous les argumens soient connus, il y aura quelque utilité à rouvrir le débat en séance publique, devant le pays qui commence à s’émouvoir des résultats produits par ces nouvelles taxes. Pas n’est besoin d’être libre-échangiste pour protester avec force contre toute mesure qui tend à enchérir le pain ou la viande. Après avoir imposé le blé et la farine, le gouvernement et la commission des douanes ont été conduits par la logique à demander l’établissement d’un droit de 6 francs par 100 kilogrammes de pain importé de l’étranger, soit 6 centimes par kilogramme. On a observé en effet que, depuis trois ans, les importations de pain, qui étaient précédemment insignifiantes, ont atteint des proportions toujours croissantes : de 4 millions et demi de kilogrammes en 1887, elles se sont élevées en 1890 à plus de 30 millions, provenant de Belgique pour les neuf dixièmes, et il est certain que, si l’on n’y met ordre, elles dépasseront largement ce chiffre. Les boulangers belges, avec le blé et la farine exempts d’impôt, peuvent fabriquer et vendre le pain à plus bas prix, de telle sorte que nos populations de la frontière prennent l’habitude de s’approvisionner en Belgique. De là, concurrence ruineuse pour nos boulangers, extinction des fours, diminution des recettes du trésor, incitation à la fraude, etc. Tout cela est exact. Sans avoir approfondi l’économie politique, les sociétés ouvrières de Roubaix, de Tourcoing, de Lille, ont découvert qu’il vaut mieux acheter du pain belge, quand celui-ci coûte 8 centimes et demi par kilogramme de moins que le pain français ; elles ont même installé des fours de l’autre côté de la frontière, où elles fabriquent le pain à l’usage de leurs sociétaires. Le rapport de la commission fournit à cet égard des renseignemens complets et des chiffres très intéressans. La consommation moyenne du pain, par tête et par jour, étant évaluée à 586 grammes, et l’économie réalisée par la consommation du pain étranger étant d’environ 5 centimes par tête et par jour, soit 18 fr. 25 par an, il s’ensuit que les 30 millions de