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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/852

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ou au service de la ferme. Quant au tarif des ânes et ânesses, voici comment s’explique le rapport : « Le mouvement commercial de l’espèce asine est peu considérable. Sur un effectif total d’environ 400,000 bêtes, nous en exportons chaque année 700 à 810 dont la plus forte partie pour l’Espagne et l’Italie. Ces deux pays en importent à peu près autant en France et, sur le total de l’importation variant de 1,600 à 2,000, la moitié est fournie par l’Algérie. Ces données ont déterminé votre commission à adopter la taxe de 3 francs proposée par le gouvernement, qui n’a pu maintenir l’exemption figurant à l’ancien tarif pour l’espèce asine. » Voilà bien de l’honneur pour ces pauvres ânes, protégés à 3 francs la pièce par le gouvernement et par la commission. L’explication fournie par le rapporteur montre que cette protection est au moins superflue ; elle ne fera que gêner nos compatriotes de la frontière belge et luxembourgeoise qui achètent chez leurs voisins des villages limitrophes des ânes d’occasion. Elle leur fera payer 3 francs de plus.

Le tarif des bestiaux a beaucoup plus d’importance. Il a subi, depuis le commencement du siècle, de nombreux remaniemens. Admis d’abord en franchise, les bœufs importés de l’étranger furent taxés, en 1816, à 3 francs par tête. En 1822, ce droit fut brusquement relevé à 50 francs pour les bœufs gras et 15 francs, puis 25 francs pour les bœufs maigres. En 1826, la distinction entre les gras et les maigres fut supprimée, le droit pour tous les bœufs étant maintenu à 50 par tête, plus le décime, soit 55 fr. Après divers dégrèvemens opérés en 1853 et en 1854, une loi de 1863 fixa le droit à 3 francs. Le tarif de 1881 le releva à 15 francs. Quelques années plus tard, nous sommes à 25 francs. Comme on le voit, peu d’articles ont donné autant de mal que les bœufs aux rédacteurs de nos tarifs. Dans le projet actuel, le gouvernement propose de modifier l’assiette du droit, de percevoir celui-ci non plus par tête, mais au poids et d’établir une taxe de 10 francs par 100 kilogrammes de poids vif. En fait, c’est une aggravation considérable. La commission va encore plus loin. Acceptant le mode de perception au poids, ainsi que le taux de 10 francs par 100 kilogrammes, elle prétend que le minimum de 50 francs par tête soit appliqué aux bœufs qui pèseraient moins de 500 kilogrammes. C’est plus fort qu’en 1826, sous la restauration, à l’époque où l’arme du tarif était maniée avec une sorte de furie pour la reconstitution de la grande propriété et de l’aristocratie terrienne. Au point de vue purement agricole, est-il avantageux de prohiber, comme on veut le faire, l’entrée des bestiaux maigres destinés à l’engraissement ? Mais ce qui domine ici, c’est l’intérêt de l’alimentation. La viande de boucherie est beaucoup trop chère, ce n’est