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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/819

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un remarquable développement d’ensemble. « La force, disent-ils, nous vient sans la chercher. » Ce mot est la meilleure formule des résultats de leur méthode.

Si notre système d’éducation physique mérite le nom de « gymnastique de force, » celui des Suédois pourrait s’appeler la « gymnastique de la grâce. » Il est impossible d’imaginer une gymnastique mieux appropriée à l’éducation physique des femmes, que cet ensemble d’exercices où l’on recherche l’harmonie des mouvemens et la régularité des formes, plutôt que l’intensité des efforts et le développement exagéré des muscles ; aussi y a-t-il bien peu de jeunes filles à Stockholm qui ne fassent de la gymnastique. Chaque pensionnat, à quelque degré d’enseignement qu’il appartienne, et quel que soit le rang social des élèves qui le fréquentent, possède un gymnase. La leçon dure une heure chaque jour, et les jeunes filles y assistent par divisions de quarante ou cinquante. Ce nombre n’est pas trop considérable, car chaque élève n’est pas exercée à tour de rôle ; toutes travaillent simultanément, leurs exercices étant toujours des mouvemens d’ensemble. Il n’existe, au reste, rien de spécial dans l’outillage de leurs gymnases : ce sont absolument les mêmes appareils que chez les hommes, et c’est identiquement la même leçon.

Les jeunes filles portent, à la leçon de gymnastique, un costume spécial, le même pour toutes les sociétés et les pensionnats de Stockholm. Il consiste en une robe de flanelle, à corsage bouffant, à jupe ample, mais très courte, de couleur noire ou bleue, avec culotte et grands bas de même couleur. L’ensemble de la tenue n’a rien d’excentrique ; on a réussi, en lui conservant une décence parfaite, à ne pas lui ôter son caractère féminin. La jeune fille n’a pas l’air de s’être déguisée en garçon et peut, sans se sentir mal à l’aise, faire sa gymnastique devant un public masculin. La gymnastique est, pour la jeune fille, une habitude si régulière, qu’elle ne se sent nullement gênée pendant la leçon par les regards d’un étranger. Elle ne craint pas même de se montrer en public. On prépare en ce moment, à Stockholm, une grande fête gymnastique internationale à laquelle la France sera conviée. Une des plus grandes attractions du programme sera, sans nul doute, le travail d’une société de femmes qui doit prendre part au concours, sous le commandement du capitaine Silow. A plusieurs reprises, pendant notre séjour à Stockholm, nous avons eu l’occasion d’assister aux répétitions de ce peloton d’élite, qui se compose d’une cinquantaine de jeunes filles de dix-sept à vingt-cinq ans. La plupart de ces jeunes filles sont ouvrières de magasin, ou employées de commerce, et c’est le soir, après le travail de la journée, qu’elles