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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/810

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nos mœurs, et, quand nous rencontrons à Paris des officiers suédois, venus pour tenter chez nous l’application de leur système, nous sommes assez embarrassés pour définir leur situation sociale et l’assimiler à l’une quelconque de celles de notre pays. En effet, nous ne connaissons, jusqu’à présent, comme s’occupant à appliquer aux malades les manipulations prescrites par les médecins, que ces aides, de situation assez peu relevée, appelés en France masseurs, et nos officiers suédois n’étant, malgré leur diplôme de « gymnastes, » que les exécuteurs des prescriptions des médecins, nous les appelons aussi des « masseurs. » Cette désignation, très impropre dans l’espèce, nous semble d’autant plus autorisée, qu’ils sont parfaitement initiés au massage, puisque cette pratique fait partie, à Stockholm, de la gymnastique militaire. Il règne ainsi, dans l’esprit du public français, une confusion très préjudiciable aux spécialistes suédois et d’autant plus regrettable qu’elle rejaillit un peu sur leur grade. « Officier » et « masseur » sont deux qualificatifs tellement disparates pour nous que nous nous demandons si l’officier suédois jouit réellement, dans son pays, du même rang social que le nôtre occupe en France. En réalité, la situation sociale est la même pour l’officier des deux nations, et même les appointemens du Suédois sont, à grade égal, notablement supérieurs à ceux de l’officier français. De plus, la position de gymnaste est infiniment plus relevée en Suède que ne le sont, chez nous, celles de masseur et de professeur de gymnastique. Aussi l’officier suédois, qui peut aisément obtenir de très longs congés, n’est-il nullement disqualifié pour avoir utilisé, dans la pratique de la gymnastique médicale, le temps où l’État lui laisse sa liberté. S’il arrive, — ce qui est fréquent, — qu’un officier quitte définitivement l’armée et se livre exclusivement à la pratique de la gymnastique médicale, il ne perd rien de la considération qui s’attachait à son grade ; cette considération s’augmente, au contraire, de celle qu’on accorde à son talent de spécialiste. La ville de Stockholm est remplie de ces officiers gymnastes dont les études personnelles ont puissamment contribué à perfectionner le traitement gymnastique des maladies. L’un de ces officiers, M. Thure-Brandt, ancien major dans l’armée suédoise, s’est acquis une célébrité européenne. La méthode qu’il a fondée, pour appliquer aux maladies des femmes la gymnastique et le massage, a fait une révolution dans la gynécologie, au moins dans les pays où elle a été l’objet d’une étude attentive, c’est-à-dire dans tous les pays Scandinaves, dans toute l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. Les médecins français ne se sont pas encore initiés à cette méthode, pas plus, du reste, qu’à celle de la gymnastique médicale en général.