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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/786

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Naturellement, celui des membres de l’Académie qui, en 1863 et en 1864, avait pris une part principale à la campagne menée contre les « spoliateurs » d’alors, le secrétaire perpétuel, M. Beulé, ne s’était pas montré moins actif dès que ses confrères et lui avaient vu jour à une réparation. Il avait, aussi utilement que personne, coopéré à la préparation de ces mesures conservatrices, et, lorsqu’elles eurent été officiellement prises, il s’était efforcé, avec l’ardeur qu’il apportait en toutes choses, d’en étendre les conséquences et d’en appliquer, pour sa part, les principes aux questions politiques du moment.

Contrairement, d’ailleurs, à la marche suivie jadis par deux de ses prédécesseurs dans les fonctions de secrétaire perpétuel, Lebreton et Quatremère de Quincy, qui, l’un et l’autre, avaient été mêlés aux affaires publiques avant de se dévouer exclusivement aux affaires de l’art, M. Beulé n’était entré dans la carrière politique qu’après avoir fait avec éclat ses preuves et conquis tous ses titres dans celle de l’érudition. Il appartenait depuis dix ans à l’Académie des inscriptions et depuis huit ans à l’Académie des Beaux-Arts, lorsque les électeurs du département de Maine-et-Loire le choisirent, en 1871, pour les représentera l’assemblée nationale. Vingt-six mois plus tard, il devenait ministre de l’intérieur, sans se croire pour cela, même momentanément, dégagé des obligations que lui imposait sa situation académique. C’était avec autant de simplicité que de bonne grâce que, échappé de l’hôtel du ministère, il venait, chaque semaine, reprendre, au jour et à l’heure accoutumés, sa place de secrétaire perpétuel. Aussi quand, au bout de quelque temps, il dut quitter le pouvoir, préféra-t-il sans hésitation aux brillantes compensations qui lui étaient offertes la calme possession, au milieu de ses confrères, du siège qu’il semblait devoir occuper encore pendant de longues années. Quelques semaines, pourtant, allaient s’écouler à peine jusqu’au jour où M. Beulé n’existerait plus : le 3 avril 1874, on le trouvait inanimé dans son lit.

La mort si imprévue de M. Beulé avait pour l’Académie ce double effet de la priver d’un vaillant défenseur dans les circonstances difficiles et, dans ses occupations ordinaires, d’un collaborateur particulièrement utile, si nécessaire même à tous égards et si unanimement apprécié que, quoique un des plus jeunes parmi ses confrères, il semblait, aux yeux de ceux-ci, être, comme on l’a dit, « l’aîné de la famille [1]. » Nul, effectivement, mieux que lui ne méritait qu’on le tînt pour tel là où il s’agissait pour la

  1. Allocution de M. Lefuel aux funérailles de M. Beulé.