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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/716

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de son alliance avec les nationaux-libéraux, s’était tourné vers le centre. C’est alors que disparaissaient l’une après l’autre, par désuétude ou par une abrogation formelle, toutes ces lois que le député de Meppen avait combattues, qu’il voyait maintenant tomber à ses pieds. Récemment encore, peu avant sa mort, il gagnait une nouvelle victoire en obtenant la restitution pure et simple, sans conditions, des traitemens ecclésiastiques confisqués, et s’il eût vécu quelques mois de plus, il aurait sans doute obtenu, pour compléter sa victoire, la rentrée libre des ordres religieux. Entre M. Windthorst et le Kulturkampf, le dernier mot reste, après quinze ans de lutte, au leader catholique.

C’est certainement un des plus curieux exemples d’une campagne parlementaire habilement et victorieusement conduite. M. Windthorst meurt en plein succès. Qui le remplacera maintenant ? qui réussira après lui à maintenir l’union dans sa petite armée, entre l’aristocratie de Silésie et la démocratie catholique du Rhin ? Qui continuera cette politique dont tout le secret a été, en définitive, de placer les intérêts religieux en dehors des partis, de mesurer son concours aux garanties qu’elle recevait ? On a parlé de M. de Huene, de M. de Schorlemer-Alst, de M. Porsch, de M. Bachem. Quel que soit le successeur, la tradition existe, et les catholiques s’en sont trop bien trouvés pour l’abandonner ; mais l’Allemagne est, pour le moment, occupée de bien d’autres choses. Elle cherche à savoir si la querelle entre Berlin et Friedrichsruhe s’envenimera ou s’il y a eu depuis quelques jours un rapprochement entre le jeune empereur et son ancien chancelier. Elle est occupée à batailler à propos d’un incident, en vérité assez bizarre et assez imprévu. Le ministre de l’intérieur, M. de Bœtticher, à ce qu’il semble, aurait reçu dans le temps sur les fonds guelfes un don de 350,000 marks pour son usage personnel. D’où venait ce don ? Était-ce une libéralité spontanée de l’empereur Guillaume Ier à l’égard d’un serviteur dévoué ? Est-ce M. de Bismarck qui aurait eu l’initiative et garderait la responsabilité du généreux subside puisé dans cette caisse noire des fonds guelfes au profit d’un collègue dans l’embarras ? — Il n’y a que quelques semaines, un autre ministre était mis en cause pour avoir été exempté par un acte gracieux du paiement des droits qu’il devait à l’état. Aujourd’hui, c’est le ministre de l’intérieur qui est sur la sellette.

Voilà d’étranges faits livrés depuis quelques jours à toutes les polémiques et devenus l’objet de tous les commentaires. Ils n’ont sans doute rien d’inexplicable ou d’inavouable : l’empereur Guillaume II paraît disposé à les couvrir par la faveur qu’il a récemment témoignée à son ministre de l’intérieur ; ils ne sont pas moins singuliers, ils révèlent des procédés invétérés de bon plaisir qui émeuvent et scandalisent quelque peu l’opinion. De toutes les réformes sociales, économiques, scolaires, militaires, que l’empereur Guillaume II s’est proposé