Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/715

Cette page n’a pas encore été corrigée


première fois en 1851, une seconde fois en 1862. Conseiller écouté de son prince au moment où éclatait le grand déchirement de l’Allemagne, en 1866, il avait été de ceux qui s’étaient prononcés avec le plus de résolution pour l’alliance avec l’Autriche, contre les prétentions de la Prusse. Il tournait le dos au succès, — et il paraissait destiné à périr comme homme public dans cette crise où disparaissaient à la fois et l’indépendance hanovrienne et la couronne du roi George et la cause guelfe. Ce qui semblait devoir le perdre, c’est au contraire ce qui allait lui ouvrir une carrière nouvelle. Loin d’imiter ceux des Hanovriens qui se réfugiaient dans l’abstention, dans une fidélité passive et muette, il n’hésitait pas à accepter la mission d’aller défendre les intérêts de son pays dans les assemblées de la confédération du Nord, puis de l’empire. La position était certes délicate pour un ancien ministre du roi de Hanovre subissant la fatalité des faits accomplis sans rien désavouer de ses attachemens, allant à Berlin comme représentant d’une indépendance perdue et des croyances catholiques qui se croyaient déjà menacées. Entré comme guelfe au parlement allemand, il ne pouvait avoir qu’une action limitée et suspecte, surtout avant 1870 ; mais c’est M. de Bismarck qui, avec ses emportemens de génie, allait se charger de lui donner un rôle nouveau en lui livrant la clientèle des intérêts catholiques. C’est le Kulturkampf qui, à partir de 1872, offrait à M. Windthorst l’occasion de déployer toutes les ressources de son esprit, sa ténacité, sa souplesse, sa fertilité d’expédiens, l’art d’un chef de parti consommé. En réalité, c’est M. Windthorst qui a fait ce qu’on a appelé le « centre catholique, » qui lui a donné son organisation, sa discipline, ses programmes, ses mots d’ordre, et qui n’a cessé de l’animer de son esprit en le menant au feu. Huit années durant il a poursuivi la lutte, combattant toutes ces lois de guerre qui ont formé le Kulturkampf, mettant son adresse à saisir les points vulnérables, à embarrasser le ministre des cultes du temps, M. Falk, et le chancelier lui-même, manœuvrant avec son bataillon du centre qu’il avait vu grossir et qui pouvait décider d’une majorité. M. Windthorst n’était pas de ceux qui passionnent les multitudes ; c’était Un stratégiste au coup d’œil prompt et sûr, un diplomate tour à tour conciliant et inflexible, un orateur à la parole familière et incisive, menant imperturbablement sa campagne de défense catholique, déguisant sous la bonne humeur une invariable fixité d’idées. Il a tenu tête à M. de Bismarck sans jamais rompre tout à fait avec lui, sans refuser de traiter, mais toujours résolu à ne donner rien pour rien. Il a résisté même au Vatican, à l’époque du septennat militaire, et dernièrement encore aux évêques. Les difficultés, les contrariétés ne le décourageaient pas ; il avait senti, même en plein combat, qu’on aurait besoin de lui un jour ou l’autre, et le moment était venu, en effet, où M. de Bismarck, fatigué