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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/713

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on a pu suivre de loin cette pénible agonie où s’est débattue une énergique nature demeurée énigmatique jusque dans ses suprêmes agitations. Par le fait, cette mort n’a plus aucune signification politique ; elle n’en peut avoir, même pour ce qui reste de cette cause impérialiste, dont le dernier neveu de Napoléon n’était qu’un représentant capricieux et excentrique. Ce n’est pas un événement public : c’est le dernier mot d’une destinée manquée. C’est la fin d’un prince qui a passé sa vie à errer dans l’histoire contemporaine sans réussir à se fixer et à trouver son rôle, qui, après avoir vu le jour dans l’exil et s’être retrouvé un moment sur les marches du trône impérial relevé, après avoir traversé toutes les fortunes, va expirer dans une chambre d’auberge à Rome. Le prince Napoléon aura passé à travers le monde et son temps, impatient, agité, souvent embarrassé de lui-même, plus souvent embarrassant pour les siens, cherchant on ne sait quoi, portant avec orgueil et sans tenue le nom le plus glorieux de l’histoire, — le nom de celui qui, seul de la race, est destiné à survivre par son génie et par ses actions.

Ce n’est pas que ce prince inconstant, neveu du plus puissant des hommes, fils d’un roi de circonstance et d’aventure, fût dénué de qualités supérieures et de séduction. Il avait, au contraire, les dons les plus rares, un esprit singulièrement ouvert et hardi, une curiosité impétueuse de toutes choses, une instruction étendue, plus variée, il est vrai, que profonde. Lorsque, sous le dernier empire, il lui avait plu de parler devant le sénat, il s’était montré tout naturellement orateur dans ses harangues véhémentes et audacieuses. Il avait, de plus, l’art de charmer autour de lui, de se créer des amitiés, rares peut-être, mais dévouées. Malheureusement, il y a un don qui lui manqua toujours et sans lequel tous les autres perdent leur prix ou restent stériles. Il n’avait pas le discernement, la mesure, l’esprit de conduite ou même le sens exact de la moralité humaine. S’il avait de son oncle le masque impérial, les traits napoléoniens, il n’en avait pas, pour sûr, recueilli le génie, le suprême bon sens ; il ne tenait de lui que le goût de la domination, les excès de tempérament, les véhémences d’humeur. II ne connaissait ni règle ni frein dans ses désirs et dans ses volontés ; il se croyait volontiers tout permis. Il a résumé toutes les contradictions, tous les contrastes, dans sa vie comme dans son caractère.

Était-ce un prince ? Il l’était certainement d’instinct. Par sa mère, qui était une princesse de Wurtemberg, par son mariage avec une princesse de Savoie, il se trouvait allié à la plupart des maisons souveraines de l’Europe. Il en avait le sentiment, et il n’est pas bien sûr qu’il ne se crût par ses alliances, par son mariage, au-dessus de son cousin Napoléon III. Il s’accommodait fort bien, et tout naturellement, des dignités et des avantages attachés à son titre de prince impérial,