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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/629

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moins étranger, aux événemens qui les intéressaient. C’est ce qu’on pourrait dire aussi de Meyerbeer, qui, élu associé onze ans après Rossini, l’avait précédé de quatre ans dans la tombe, après avoir passé parmi nous la seconde moitié de sa vie et conquis sur la scène de nos théâtres la meilleure part de sa célébrité.

Les dernières années du second empire ne s’étaient donc pas écoulées pour l’Académie dans les regrets seulement et dans l’inaction relative auxquels l’application du décret de 1863 la condamnait ; elles avaient été marquées pour elle par bien des deuils, par la disparition successive de ses membres les plus anciens ou les plus illustres, sans compter ceux qu’elle avait vus tomber, comme Simart ou comme Berlioz, à quelques années à peine d’intervalle entre la date où elle se les était attachés et le moment où elle les perdait. Même avant la fin du règne de Napoléon III, la compagnie se trouvait presque entièrement renouvelée. Parmi les membres qui la composaient alors, un seul, Auber, avait été élu avant la révolution de juillet ; onze, dont quatre académiciens libres, étaient entrés à l’Académie sous le règne de Louis-Philippe. Des trente-neuf autres, — sauf M. Henriquel et M. Léon Cogniet, élus tous deux en 1849, — aucun, à l’époque où commençait la guerre qui devait entraîner la chute du gouvernement impérial, n’avait un passé académique plus long que la durée de ce gouvernement lui-même. Encore faut-il ajouter que plusieurs d’entre eux, tant la mort avait multiplié ses coups durant cette période, étaient devenus les successeurs d’académiciens élus, eux aussi, sous le second empire. Jamais, depuis la fondation de l’Institut, le personnel de l’Académie des Beaux-Arts n’avait, dans un pareil laps de temps, subi des changemens aussi fréquens ; mais, — hâtons-nous de le dire, — sans que pour cela l’obligation se fût produite de pourvoir aux vacances successives par des choix moins profitables qu’autrefois à la gloire de la compagnie. C’est ce dont elle recueille encore aujourd’hui le bénéfice. Si, parmi les nouveaux-venus d’alors, quelques-uns, comme Paul Baudry, le dernier dans l’ordre chronologique des académiciens de cette époque, ne devaient honorer que pendant bien peu d’années le corps où ils étaient entrés, d’autres, heureusement, n’ont pas cessé d’y occuper leurs places. Avec ceux qui, plus ou moins récemment, sont devenus leurs confrères, ils ajoutent dans le présent l’éclat de leurs noms et de leurs talens aux souvenirs légués par leurs devanciers, et continuent ainsi les hautes traditions de l’Académie dans cette partie toute contemporaine de son histoire qu’il nous reste maintenant à résumer.


HENRI DELABORDE.