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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/612

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serait superflu, sans doute, de rappeler les titres qu’il s’était acquis comme compositeur dramatique et les succès auxquels, avant comme après son entrée à l’Académie, il a dû sa renommée [1] ; mais à ces preuves publiques d’un grand talent s’ajoutaient, aux yeux des membres de la Compagnie, des mérites d’un ordre tout intime : un caractère facile et naturellement conciliant, un esprit prompt à sentir le beau ou le vrai sous leurs formes d’expressions diverses, enfin le goût et les habitudes d’un lettré unis à l’expérience d’un artiste. Une fois élu, Halévy se mit à l’œuvre avec une ardeur qui ne devait pas se refroidir dans le cours des années suivantes, et, pour commencer par une réforme intérieure aussi hardie qu’utile, — on dirait presque par un coup d’état, — il entreprit de coordonner et de mettre en lumière les résultats d’un travail bien longtemps poursuivi dans l’ombre, vingt fois interrompu, repris et remanié, sans avoir abouti encore à rien de mieux qu’à grossir la somme des matériaux dont on se proposait de faire usage à un moment de plus en plus éloigné. Il s’agissait de ce Dictionnaire de l’Académie des Beaux-Arts mis sur le métier dès les premières années du siècle, mais qui depuis lors, véritable toile de Pénélope, se refaisait toujours et ne paraissait jamais.

Originairement, — nous avons eu l’occasion de le dire déjà à propos d’un rapport sur les travaux de l’Académie lu par Lebreton dans la séance publique de l’année 1806, le recueil qui se publie aujourd’hui sous le titre de Dictionnaire de l’Académie des Beaux-Arts ne devait être qu’un « Dictionnaire de la langue des beaux-arts, » en d’autres termes un ensemble de définitions ou d’explications toutes techniques, un simple vocabulaire, sans qu’aucune part y fût faite aux considérations relatives à l’esthétique ou à l’histoire de l’art. Et Lebreton ajoutait, dans ce rapport de 1806 : « Durant l’année qui vient de s’écouler, la classe a discuté environ la moitié des mots de la lettre A. » On pouvait donc espérer alors qu’un travail maintenu dans ces limites, et se continuant avec la même régularité qu’au début, n’exigerait guère, pour être achevé, qu’un quart de siècle tout au plus.

Or, non-seulement ce délai de vingt-cinq ans se trouvait singulièrement dépassé à l’époque où Halévy entrait en fonction ; mais, par suite des changemens successivement apportés au plan primitif et des essais en sens divers auxquels ils avaient donné lieu,

  1. Halévy n’appartenait pas encore à l’Institut lorsqu’il fit représenter la Juive à l’Opéra (février 1835), et, dix mois plus tard, l’Éclair à l’Opéra-Comique. A partir de l’année où il fut élu membre de l’Académie des Beaux-Arts, en remplacement de Reicha (1836), il ne produisit pas moins de seize grands ouvrages, parmi lesquels Guido et Ginevra, la Reine de Chypre et les Mousquetaires de la reine.