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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/522

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et l’autre infidèles à Jéhovah, Israël d’une infidélité continue, Juda avec des retours. Les prophètes que Jéhovah envoie à Israël, Élie, Elisée, Mika, Amos, Osée, lui annoncent en vain le châtiment imminent, jusqu’au jour où l’Assyrie vient accomplir sur Samarie les menaces du Seigneur.

Juda survit à son frère un siècle et demi. Sous la prédication enflammée des prophètes, le retour de Juda à Jéhovah s’accentue. Mais ni la piété d’Ézéchias, ni celle de Josias ne peuvent expier les sacrilèges de ceux qui ont précédé et de ceux qui suivent. Jérusalem est condamnée à son tour, Juda s’en va en exil à Babylone. Mais l’épreuve a épuré les proscrits. Jéhovah leur rendra la liberté, la gloire, l’empire moral de l’humanité : un rejeton de David fera régner dans l’univers la justice et le nom du dieu d’Israël. Déjà Babylone succombe, Cyrus rouvre la terre promise aux exilés, et déjà, sous Zorobabel, Esdras et Néhémie, elle est rendue au seul culte de Jéhovah et à la seule loi de Moïse.

On verra tout au long, dans l’Histoire d’Israël de M. Renan, comment la méthode scientifique, appliquée à cette histoire, en fait éclater le cadre, d’une simplicité enfantine ou divine, et retrouve, par-dessous, l’infinie complexité des choses humaines ; comment, à la merveille de cette révélation uniforme et continue, présente de tout temps, et qui est complète dès le premier jour, puisqu’elle est descendue du ciel, elle substitue l’histoire, non moins merveilleuse, d’une révélation progressive sortie du cœur de l’homme, sortie des méditations ardentes de quelques voyans, lentement couvée, transformée, agrandie à la taille de l’humanité, et comment Israël, au lieu d’être l’élu de Dieu, a fait Dieu même à la sueur de son front.

Israël, une fois en possession d’une doctrine qu’il a crue révélée d’en haut, et qui, par suite, se présentait à lui avec le caractère de l’éternité, a reporté sa conquête récente dans les limites les plus lointaines de son passé et « a refait son histoire à coups d’idéal. » De là ces révélations successives de Jéhovah aux ancêtres légendaires de la race, à Noé, Abraham, Jacob ; de là la révélation du Sinaï et la figure colossale de Moïse, transformé de chef d’exode en législateur ; de là tout ce drame de l’histoire nationale qui devient l’histoire d’une lutte continue de Dieu contre l’homme, où Dieu triomphe enfin pour sauver.

Tout cela n’est qu’une fiction grandiose. Les textes historiques, considérés en eux-mêmes et débarrassés de la glose édifiante que la doctrine, une fois triomphante, y a attachée, pour montrer en action, dans la marche du monde, l’accomplissement de la parole divine, nous font voir, clair comme le jour, que tous ces héros de