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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/460

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doués au plus haut point de la faculté d’allumer le « feu sacré » dans les jeunes âmes : ces âmes de vingt ans prêtes pour les impressions profondes, qu’une étincelle peut enflammer pour la vie, mais qu’aussi le scepticisme des premiers chefs rencontrés peut refroidir pour jamais. C’est, dans l’armée, un fait constaté que l’officier garde toute sa vie l’empreinte ineffaçable de ses premiers instructeurs de l’école, et qu’on reconnaît à travers les grades les générations formées par tel ou tel.

Et si, des instructeurs subalternes, on remonte aux chefs des grandes écoles militaires, combien leur choix ne doit-il pas davantage s’inspirer de cet esprit ! Mais les choisir ne suffit pas : la condition première de l’efficacité de leur action, toute d’expérience et de durée, est de donner à leurs fonctions une stabilité qu’elles n’ont pas. Les déplacemens auxquels ils sont soumis résultent, le plus souvent, de l’avancement que comporte leur mérite. Pourquoi donc, une fois leur aptitude à la fonction reconnue, ne pas les faire avancer sur place et jusqu’aux grades les plus élevés ? Y a-t-il un homme qui exerce sur l’âme de l’armée une action, latente peut-être, mais plus profonde, que celui qui crée chaque année les centaines d’officiers nécessaires aux contingens actuels, et y a-t-il des récompenses trop grandes pour celui qui réussit à une telle tâche ? Ne saurait-on même concevoir, pour le chef qui aurait ainsi donné, dans la direction d’une des plus grandes écoles militaires_, des preuves éclatantes de ses aptitudes, la création d’une sorte de « grande maîtrise » des écoles militaires ? Restant en dehors des questions didactiques, il serait avant tout l’arbitre du choix et de l’emploi du personnel, qu’il connaîtrait de longue date et sur l’esprit duquel il exercerait une action et un contrôle incessans. Après celles du chef d’état-major général, ses fonctions ne seraient-elles pas les plus hautes de l’armée ? Nous ne voulons qu’indiquer l’idée, elle comporte d’autres études et d’autres développemens.

Mais combien, dans les écoles militaires, la tâche des instructeurs ne serait-elle pas facilitée si, dès avant l’entrée au service, hors de l’armée, l’idée de la mission sociale de l’officier avait été déposée en germe dans l’éducation !

Et nous voici revenus à notre point de départ. Nous invoquions le témoignage des plus éminens parmi ceux qui ont l’oreille de la jeunesse : c’est à eux que nous faisons appel, et à tous ceux qui, à leur exemple, au lieu de s’attarder en des regrets stériles, ont l’œil largement ouvert sur l'avenir et cherchent, chacun suivant son esprit propre, à en interpréter les inéluctables nécessités ; à tous ceux, parens ou maîtres, qui, par profession ou par vocation, ont charge d’une parcelle de l’éducation nationale.

Notre vœu, c’est que, dans toute éducation, vous introduisiez le