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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/456

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d’une première punition infligée injustement ou à la légère, à défaut, presque toujours, d’une connaissance suffisante de l’individu qu’elle frappe !

Mais, plus encore qu’un justicier, l’officier est un arbitre ; un arbitre entre le soldat et le sous-officier : le plus souvent le simple soldat ne l’aime ni le déteste : il l’ignore, il le voit de loin, de bas, et ce qu’il perçoit seulement, c’est l’action directe des gradés inférieurs. C’est pour apprécier, modérer, régler l’action de ces agens, investis en France d’une autorité réglementaire plus grande que partout ailleurs, et si souvent sujets à caution, que la connaissance directe de ses hommes est indispensable à l’officier, tandis que, bien fréquemment, il ne les voit que par les yeux de ses sous-officiers dont il est trop disposé à accepter le verdict sans contrôle.

Pour que l’action que nous préconisons soit efficace, on comprend de reste combien il importe avant tout d’en faire saisir la portée aux sous-officiers et de les y associer d’une manière absolue. Par le fait seul que ce sont eux que le soldat voit le plus et de plus près, toute la bonne volonté apportée par l’officier dans sa mission restera stérile s’ils s’inspirent dans l’exercice de leurs fonctions d’un esprit contraire de sécheresse, d’immoralité et d’injustice : c’est dans ce milieu intermédiaire qu’ont pu s’accomplir les dénis de justice, les faits d’exploitation dont on a certes exagéré le caractère général, mais qui, si rares qu’ils doivent être, suffisent pour expliquer les résultats médiocres du service militaire au point de vue social. Des publications récentes ont pu grouper avec mauvaise foi des faits isolés : il n’en reste pas moins qu’il y a mieux à faire que de se borner à crier au scandale et à réclamer bruyamment une répression, c’est de se donner la peine de faire son enquête personnelle comme nous l’avons fait nous-mêmes, de constater le fond de vérité qui repose sous ces développemens littéraires, de se mettre la main sur la conscience, d’être sincère avec soi et de se demander quelle part de responsabilité notre indifférence et notre incurie peuvent nous laisser dans une situation trop réelle. Ayons donc une bonne fois le courage de voir la vérité quelle qu’elle soit, et au lieu de nous rendormir, le bruit étouffé, dans un optimisme de convention, mettons-nous à l’œuvre et commençons par nos sous-officiers. Que leur choix soit le premier de nos soucis. Le nombre croissant des rengagemens laisse le temps de s’occuper d’eux : le recrutement actuel donne des élémens tels que nous n’en avons jamais eus ; dégageons ce choix des considérations étrangères qui en décident encore trop souvent, et puis, appliquons-nous de tout notre cœur à leur formation, à leur éducation. Ils existent, à l’arrivée au corps, les jeunes gens généreux, au cœur chaud, à l’esprit ouvert ; il s’agit de ne pas les stériliser pour jamais dans