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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/455

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tenir ferme sous le feu, face au danger, ce soldat de deux ans de service, quelque complète d’ailleurs que soit son instruction professionnelle.

Non, ces hommes ne sont pas des brutes, et les Français moins que tous autres : mais ce sont souvent des timides et des méfians ; la cordialité les ouvre, la brusquerie les referme. Ils aiment qui les aime. Il suffit d’avoir été mêlé plus intimement, par la force des circonstances, à ces braves gens, aux grandes manœuvres, en colonne, au bivouac, pour savoir quelle capacité de dévoûment ils renferment, de quelle sollicitude affectueuse ils entourent l’officier qui a gagné leur confiance, quelle gratitude ils lui témoignent non en paroles, mais en regards et en faits, s’ils le voient partager sans atténuation leurs privations et leurs fatigues.

Ce résultat, dès la vie de garnison, on peut l’atteindre.

L’essentiel est de connaître parfaitement les hommes dont on a charge : nous savons tel officier qui dès l’arrivée d’un contingent commençait une véritable enquête sur ses recrues, profitant des relations qu’il pouvait avoir au centre de leur recrutement, écrivant dans les localités, s’informant de leurs familles, de leurs antécédens, de leurs aptitudes, de leurs ambitions. Avant même d’avoir parlé à aucun d’eux, ce travail souterrain, pour ainsi dire, lui avait donné une première notion de leur physionomie morale : les occasions d’entrer en relations s’offraient ensuite d’elles-mêmes ; les temps de repos pendant la manœuvre, si avantageusement employés à cette communication individuelle, au lieu de se passer en bavardages entre collègues ou en temps de galop sur la piste voisine ; — les marches ; — dans la cavalerie les longues heures de pansage, que maudissent les officiers et qu’il est si facile d’utiliser en s’occupant d’un homme tour à tour sans interrompre sa besogne ; — les repas, où l’officier peut venir témoigner de l’intérêt qu’il prend au bien-être matériel de sa troupe. Et tant d’autres circonstances qu’il est impossible de préciser, et même d’énumérer, mais que le cœur, l’expérience, l’observation suggéreront facilement et qui différeront d’homme à homme, de tempérament à tempérament : les règlemens modernes ont bien su préconiser dans la mesure la plus large l’instruction individuelle ; qu’on s’inspire de leur esprit en la complétant par l’éducation individuelle.

En témoignant à ses hommes cette sollicitude, en leur prouvant l’intérêt personnel qu’il leur porte, non par des discours, mais par des preuves directes tirées de la connaissance de leur personne et de leurs intérêts, l’officier acquiert forcément leur affection et leur confiance ; il est, de plus, merveilleusement préparé, et c’est essentiel, à son rôle permanent de justicier. Que de révoltes, de rancunes, de fautes graves engageant parfois la vie entière, résultent