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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/379

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LA

VIE ET LES MŒURS

DANS L’ALLEMAGNE D’AUJOURD’HUI

I.

PREMIÈRES IMPRESSIONS.

Il y avait une fois un Allemand nommé Michel. C’était un homme grand et robuste , avec des épaules carrées , des pieds énormes, une grosse tête ronde et bouffie. L’éducation ni l’expérience de la vie n’avaient pu alléger la lourdeur native de son allure, donner de la grâce à son maintien, rendre ses gestes plus souples et ses mouvemens plus alertes. Son esprit aussi était resté pesant, dénué de finesse, indifférent aux nuances. Mais c’était un esprit solide et résistant, tout occupé par la passion de la pure vérité. A la conquête de cette vérité , il marchait par les chemins les plus droits, poussant à fond le développement de ses idées sans souci de l’opinion d’autrui.

Son caractère était comme son esprit : ferme et libre. Le sentiment naturel de la justice s’en était à jamais emparé pour en interdire l’accès à toute intention mauvaise. Ni l’espoir de gros bénéfices, ni l’assurance de l’impunité, ni les pires exemples ne pouvaient le faire dévier de la route que lui traçait sa conscience. Et cet homme, avec ses allures rudes, son esprit sévère