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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/239

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semble dans tous les esprits, dans toutes les préoccupations, dans toutes les polémiques au-delà des Alpes.

Lorsque le marquis di Rudini a le bon esprit et peut-être le courage de rappeler la nécessité de dissiper les doutes qui depuis quelques années ont pour ainsi dire fatigué les relations de l’Italie et de la France, il est bien sûr de ne rencontrer ni contradiction ni opposition dans notre pays. Il n’y a en France ni animosités systématiques, ni préméditations d’hostilité, ni préventions, ni jalousies d’aucune sorte à l’égard de l’Italie. C’est une vérité évidente,’excepté pour ceux qui ont besoin de supposer une France ennemie, d’abuser leur pays dans l’intérêt d’une politique. Où donc est la difficulté ? Les Italiens éclairés le sentent bien eux-mêmes et ne s’y méprennent pas. Depuis l’avènement du nouveau ministère, M. le marquis Alfieri a dit ce qu’il en pense. Tout récemment, un ancien ministre du temps de Cavour, M. Jacini, qui a publié l’an dernier un travail des plus substantiels, des plus réfléchis sur la triple alliance, vient de publier une étude nouvelle où il met à nu la vérité. L’Italie, par des raisons qu’il n’y a plus à discuter, s’est créé des engagemens. En quoi consistent ces engagemens ? On ne le sait pas. Ces jours derniers encore, on paraît s’être demandé à Rome si les traités jusqu’ici secrets seraient divulgués ; ils ne le seront probablement pas. Ce qu’on croit en attendant, ce qu’on ne met pas en doute, c’est que, par ces engagemens, l’Italie, en échange de la garantie d’une intégrité qui n’est pas menacée, s’est faite elle-même la garantie des conquêtes allemandes, qu’elle a accepté ou subi l’obligation de contribuer par ses armes à la défense de l’Alsace-Lorraine contre la France. M. Jacini le dit sincèrement et justement : «… De là dépend la tension de nos rapports avec la France, la guerre économique, la nécessité des grands armemens… » Et il conclut, à la nécessité, pour l’Italie, de modifier ses obligations au renouvellement des traités ou de reprendre sa liberté d’action. C’est là la difiiculté ; tant qu’elle n’aura pas été tranchée, il y aura des relations régulières qu’on pourra peut-être adoucir, le nuage subsistera. Ce qu’il y a de nouveau et d’utile, c’est que la question est désormais posée, précisée. Elle ne l’aurait pas été aussi nettement il y a quelques années ; elle l’est aujourd’hui devant l’Italie, devant l’Europe, — et les Italiens qui sont les premiers juges n’ont qu’à se demander ce qu’ils ont gagné ou perdu à dévouer leurs foi’ces et leurs finances pour des intérêts étrangers, en oubliant le principe même de leur existence nationale.

Depuis quelques mois, les élections se succèdent dans les pays les plus divers, en Europe comme au-delà des mers, et presque toutes ces élections, à part ce qu’elles ont de local ou de national, se ressentent visiblement d’un état assez général de crise matérielle dans le monde. Presque partout s’agitent les mêmes questions économiques, les