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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/935

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Acculés à une pareille misère, il ne restait aux Indiens qu’à se résigner à mourir de faim, à prendre les armes ou à vendre leurs terres. Ainsi firent les Crows. Le 9 décembre 1890, ils cédaient au gouvernement un tiers de leur réserve, 750,000 hectares, moyennant la somme de 948,000 dollars (4,740,000 fr.). Deux syndicats puissans, ayant à leur tête MM. Snyder et Blair, grands capitalistes, se disputaient à coups de millions le territoire des Cherokees. Le gouvernement en avait offert 35 millions de francs ; MM. Snyder et Blair couvraient son enchère, ce dernier offrant jusqu’à 100 millions.

Mais les Cherokees, ainsi que la plupart des tribus indiennes, refusaient d’aliéner ce qui leur restait de terres, les Sioux surtout, qui n’avaient pas encore touché le prix stipulé pour une partie des leurs. Les chefs sioux n’avaient pu, lors des négociations, obtenir l’assentiment de leurs Indiens qu’en prenant, vis-à-vis des principaux d’entre eux, des engagemens que le retard du paiement les mettait hors d’état de tenir. Ils attribuaient ce retard au mauvais vouloir des agens par les mains desquels les sommes dues devaient passer et qu’ils accusaient de s’en attribuer une bonne part. Plutôt que de consentir une nouvelle cession, mieux valait courir la chance des armes et d’un soulèvement général. Ainsi pensait Sitting-Bull, que les Indiens pressaient de se mettre à leur tête ; ils se rappelaient sa victoire sur Custer et ce qu’il avait pu faire avec quelques centaines de guerriers ; lui-même sentait se réveiller ses vieilles haines, et une circonstance singulière, bien propre à agir sur sa nature superstitieuse, emportait ses dernières hésitations.


III

Une rumeur, vague d’abord, de l’apparition d’un prophète, circulait parmi les Indiens. Elle se précisait et prenait corps : des Cheyennes, des Black-feet, des Shoshones l’avaient vu, lui avaient parlé. Ce n’était pas un prophète, mais le messie attendu. On désignait sa mère ; elle avait nom Walutawin, « femme rouge, » mariée à Jikpoga, membre de la tribu des Sioux et du campement de Watopki ; elle-même était originaire du Manitoba. Les autorités militaires s’émurent ; cet élément nouveau menaçait de compliquer une situation difficile ; il importait, si possible, d’étouffer ce germe de surexcitation religieuse. Bien qu’elle n’eût commis aucun délit, Walutawin fut arrêtée et dut comparaître devant l’agent de la