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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/932

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déjà à son actif vingt-trois faits de guerre peints sur ses robes de buffle. Ces dessins, que nous avons sous les yeux, sont des plus curieux. Ils représentent Sitting-Bull scalpant ses ennemis, capturant leurs chevaux, emportant d’assaut deux villages crow. Il ne devait pas s’en tenir là, et quand le gouvernement américain, décidé à passer outre à la résistance des Sioux, donna ordre, en 1876, au général Crook d’entrer en campagne, Sitting-Bull, sommé de se soumettre, répondit : « Viens me prendre. Je t’attends. »

La campagne fut longue, et Sitting-Bull y joua un rôle important. Le général Sheridan dirigeait les troupes américaines. Par ses ordres, trois colonnes, parties du Montana, du Dakota et de la Rivière-Platte, devaient aborder simultanément le territoire des Sioux et y effectuer leur jonction. Emporté par son ardeur, le général Custer, commandant l’une des colonnes, précipita son mouvement et vint se heurter à Sitting-Bull, qui feignit de battre en retraite pour attirer plus avant son adversaire. Pendant plusieurs jours, reculant devant lui, il vint enfin camper dans un défilé dont il fit occuper les hauteurs par une partie de ses braves. Laissant dans la nuit ses tentes montées, ses feux allumés et des mannequins d’Indiens postés à l’affût, il se porta, par une marche rapide et silencieuse, sur les derrières de Custer. Au point du jour, ce dernier, prévenu par ses sentinelles que les Indiens étaient encore dans leur camp, prit la tête de sa colonne et s’engagea dans le défilé. Accueilli par un feu plongeant, il voulut reculer ; il était trop tard, Sitting-Bull lui coupait la retraite. Le général Custer tomba mortellement atteint, et son détachement, malgré une résistance désespérée, fut en entier massacré. Un seul homme échappa, Curly, éclaireur crow, qui apporta la nouvelle du désastre. Traqué par des forces supérieures, Sitting-Bull tint encore la campagne pendant plusieurs mois, et quand les Sioux durent mettre bas les armes, il réussit à se réfugier avec quelques-uns des siens sur le territoire du Canada. Sommé par le gouvernement américain d’adhérer au nouveau traité imposé aux Sioux et de rentrer dans sa réserve, il se contenta de répondre : « Le gouvernement a déjà conclu cinquante-deux traités avec les Sioux, et il n’en a pas observé un seul [1]. » Ce ne fut qu’en juillet 1881 que, voyant sa petite troupe réduite, par la faim et les privations, à 45 hommes, 67 femmes et 73 enfans, il se décida à faire sa soumission et à ratifier, contraint et forcé, la cession des Black-Hills ; il stipulait, toutefois, qu’il garderait ses armes.

  1. Rapport du comité chargé de négocier avec Sitting-Bull. Documens exécutifs, 1877-78, vol. VIII.