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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/928

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renforts. Son offre fut acceptée ; Price écrivit au crayon, sur son carnet, les lignes suivantes :

« Au capitaine Bisbee, commandant le fort Steele.

« 29 novembre 1879.

« L’existence des survivans de la colonne du major Thornburgh dépend de la hâte avec laquelle vous expédierez des secours.

« PRICE. »

Rankin partit à minuit. A travers des périls sans nombre, il parvint à atteindre l’entrée du défilé, à capturer un cheval et à gagner la plaine. En route, il rencontra une compagnie nègre du capitaine Dodge, qu’il expédia en toute hâte au lieutenant Price. On lui procura un second cheval qui, en arrivant au fort Steele, tombait pour ne plus se relever. Le même jour il remontait en selle, guidant une colonne de six compagnies, commandée par le général Merritt. Arriverait-on à temps ? Le capitaine Dodge disposait d’un faible effectif. Avait-il réussi à rejoindre les assiégés et au prix de quels sacrifices ? Laissons la parole à l’un des soldats du lieutenant Price.

« Nous étions à bout de forces. Depuis trois jours, captifs dans ce maudit défilé, nous ne savions pas si notre messager avait pu gagner le large. Le matin du quatrième jour, à l’aube, nous entendons du bruit. Nous craignions une charge des Indiens pour nous achever et nous crûmes que c’étaient eux qui s’abattaient sur nous. Nous allions faire une dernière décharge, quand une voix cria en anglais : « Ne tirez pas ! » Celui-là l’a échappé belle, et vous pouvez me croire quand je vous dirai que nous étions fous de joie en reconnaissant notre uniforme porté par une cinquantaine de nègres. Comment, en entendant nos cris, en nous voyant sortir de nos trous, les Indiens n’ont-ils pas tiré ? Je n’y comprends rien encore. Nous avions perdu la tête et nous nous exposions à une mort imminente. Croiriez-vous que nous avons embrassé les brunettes, — sobriquet donné aux troupes nègres, — que nous les avons emmenés dans nos trous, que nous avons mangé, dormi avec eux. Nous manquions d’eau ; on ne pouvait s’en procurer que la nuit, en allant la chercher à un ruisseau qui traversait le défilé et en s’exposant dix fois à être tué. Eh bien, le lendemain de l’arrivée des nègres, j’avais la fièvre, ayant été blessé au bras ; la