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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/923

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les montagnes Rocheuses où ils périssaient en grand nombre ; les survivans descendaient dans les plaines du Pacifique.

Pourquoi ne s’arrêterait-on pas à cette barrière naturelle des montagnes Rocheuses qui laissait aux Etats-Unis la plus grande moitié du continent ? Pourquoi n’abandonnerait-on pas l’autre versant à l’Indien ? Là, du moins, il vivrait à sa guise et cesserait d’être un obstacle au progrès. S’il était inique de l’exiler par-delà ces monts, ce ne l’était pas plus que de le dépouiller de son sol et de ses droits, que de le condamner à vivre dans l’enceinte des Réserves. On pouvait, par des subsides réguliers, atténuer la rigueur de cette mesure, et, en échange de l’exil qu’on lui imposerait, assurer sa subsistance, lui fournir le bétail, les couvertures et les rations qu’on lui distribuait déjà.

Mais les settlers, avides de terres nouvelles, impatiens de pousser par-delà les montagnes Rocheuses, n’y voulaient entendre. Le gouvernement hésitait, ses hommes d’état tenaient alors pour dangereuse une extension du territoire encore peu peuplé de l’Union. Jefferson s’y était opposé ; l’impétueux Jefferson lui-même l’avait déconseillée et Benton, inspiré par lui, écrivait en 1825 : « Les montagnes Rocheuses sont notre frontière naturelle ; sur leur plus haute cime doit s’élever l’antique et immuable statue du Dieu terminus. » En 1844, M. Winthrop, du Massachusetts, soutenait la même opinion, et Me Duflie, sénateur de Géorgie, disait au sénat : « Je remercie Dieu d’avoir élevé la muraille des montagnes Rocheuses. Si, là où elle se trouve, il n’existait qu’un talus de cinq pieds de hauteur et qu’il n’en coûtât que cinq dollars pour le niveler, je refuserais les cinq dollars [1]. » Webster lui-même, en 1847, dans un discours à Springfield, parlant du traité qui donnait aux États-Unis le Texas, la Californie, l’Arizona, le Nevada, l’Utah, le Kansas et le Nouveau-Mexique, disait : « Le Mexique se tient pour lésé, mais c’est nous qui le sommes. Qu’avions-nous besoin de ces provinces ? »

Ni le pouvoir exécutif, ni le congrès n’étaient favorables à la politique annexionniste, dans laquelle ils voyaient un éparpillement des forces vives du pays ; mais ni l’un ni l’autre ne pouvaient arrêter l’irrésistible élan. Ils hésitaient encore devant la barrière des montagnes Rocheuses, ils rêvaient, sur l’autre versant, une république sœur, indépendante et alliée, à demi indienne, et cela au moment même où éclatait la nouvelle de la découverte de l’or en Californie et où l’immense exode de l’est à l’ouest emportait les dernières irrésolutions. « Soit, donc, s’écriait Stephen Douglas, le

  1. Discussion of the Oregon question. Reports of 29 th. Congress, and appendix.