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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/919

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l’on vous soumet. Les fautes commises l’ont rendue nécessaire ; mais, avant le vote, je tiens à dire ce que je pense de la politique du gouvernement vis-à-vis des Indiens. Elle est, à mes yeux, une honte pour l’humanité, un crime devant Dieu. » Sur l’auditoire attentif sa voix vibrante fit passer un frisson. « Si l’on requérait, ajouta-t-il, l’ouverture d’un crédit pour distribuer des rations aux Sioux affamés, on ferait œuvre plus utile et plus chrétienne. Quand un major-général de notre armée déclare lui-même que la faim seule menace de déchaîner sur nous les horreurs d’une guerre indienne, j’estime que le gouvernement est criminel de ne rien trouver d’autre à nous demander que des armes pour achever l’œuvre de la faim. Que faites-vous donc ici, vous qui représentez ce gouvernement, vous qui savez que depuis deux ans les Sioux ne reçoivent ni les rations promises, ni les indemnités stipulées en échange de leurs terres ? Vous venez nous apporter des lois électorales destinées à vous maintenir au pouvoir ; vous nous demandez des armes pour les colons dont votre politique inhumaine compromet la sécurité, et ces armes, nous ne pouvons vous les refuser sans exposer les colons à un massacre, mais vous ne nous demandez pas ce que vous devez, ce que les traités et l’humanité exigent. A vous incombe la responsabilité du sang qui va couler [1]. »

Les situations fausses rendent les hommes timides. Devant cette virulente apostrophe de l’un des représentans du parti démocrate, le sénateur Hawley, président du comité des affaires militaires, hésita ; nier les faits était impossible. Le général Miles avait, en effet, déclaré que les Sioux prenaient les armes, acculés à l’insurrection par la misère, la faim et le froid, et la compétence du général ne pouvait être mise en question. Le représentant du parti au pouvoir se borna donc à prier le sénateur Dawes, président du comité des affaires indiennes, de répondre au sénateur de l’Indiana, et M. Dawes lut un long rapport officiel. Le lendemain, le secrétaire de l’intérieur demandait à la chambre des représentans l’ouverture d’un crédit de 500,000 francs pour l’achat de rations destinées aux Sioux.

L’éternelle question des Indiens surgissait à nouveau. II n’y avait guère plus d’un an qu’elle avait passionné les États-Unis et étonné l’Europe. Le 22 avril 1889, à midi, le Springer Bill ouvrait aux settlers américains l’Oklohama, « la belle terre, » territoire indien autour duquel 50,000 colons bivouaquaient depuis des semaines, attendant avec impatience le moment de se ruer sur la proie promise à leur avidité. A l’heure dite, emportés par un mouvement irrésistible, s’écrasant entre les lignes de troupes trop

  1. Report of congressional proceedings, décembre 1890.