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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/916

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jour ; mais nous avons relevé et nous retenons que son interprétation du traité d’alliance, qui n’est pas celle de son prédécesseur, date de la première visite qu’il a faite au chancelier allemand. Il n’a pu cependant se dissimuler un instant que l’Italie ne pourrait supporter longtemps des charges hors de toute proportion avec sa puissance financière et économique. Il croyait donc que la paix armée est une chimère et que le conflit était imminent. Son attitude à l’égard de la France, depuis le premier jusqu’au dernier jour de son ministère, autorise à le penser. Dans tous les cas, il n’a pas suffisamment tenu compte de cette considération, c’est qu’entre trois alliés, le dernier mot, les résolutions viriles n’appartiennent jamais au plus faible, qui, une fois lié, relève de la volonté du plus fort. Il a, à la vérité, par sa turbulente diplomatie, agité parfois l’Europe, alarmé l’opinion publique. Mais à quel prix ? L’Italie le sait, et, du nord au sud, elle exige la réduction des dépenses, une atténuation des lourds sacrifices que sa politique lui imposait. Dès ce moment, l’heure de la retraite avait sonné pour ce ministre, hier encore en possession d’une autorité incontestée. Il s’y est résigné à sa guise, par un éclat parlementaire. Ce n’est pas ainsi que M. de Bismarck, dont la gloire l’a visiblement troublé, a déposé les rênes du pouvoir. L’un a succombé sous le poids de ses fautes, l’autre sous l’excès de sa puissance et des services rendus.

Quelles seront les conséquences de cet événement qui, assurément, a une grande importance ? Avec le ministre qui en était l’incarnation, le système lui-même disparaîtra-t-il ? Nous avons dit dans quelles circonstances et sous l’influence de quels incidens le peuple italien, égaré par une presse mal inspirée, s’est engagé lui-même dans des voies nouvelles. Fier de sa récente émancipation, toute investigation dans ses affaires, toute apparence de tutelle l’irritait. Le souvenir des services reçus l’importunait. La France l’avait aidé à secouer ses chaînes, il s’en est éloigné. Mais s’il est susceptible et jaloux, facile aux emportemens comme tous les peuples méridionaux, il est doué d’un sens politique vivace et pénétrant. Quand il se trompe, il se ravise. La crise qu’il traverse lui révélera-t-elle l’étendue des fautes commises, lui démontrera-t-elle que, dans l’état actuel des choses en Europe, il n’a rien à redouter de ses voisins et qu’il ne saurait plus longtemps soupçonner leurs intentions ? Nous voulons le croire. L’Italie peut, en effet, prospérer et consolider sa puissance sans se commettre dans des dissentimens, devant lesquels il lui importe, au contraire, de réserver son entière liberté d’action.

Les craintes qu’on lui a inspirées pour la sécurité de ses