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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/882

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Que portait le traité de San-Stefano ? Il stipulait des avantages nouveaux et précieux pour toutes les races chrétiennes de l’empire ottoman : l’indépendance pour les unes, pour les autres l’autonomie ou des garanties solennelles. Outre une double rectification de frontières, la Russie obtenait, avec une contribution de guerre, le droit de contrôler l’exécution des concessions faites à ses coreligionnaires. Elle reconstituait, par ces arrangemens, son action et son influence mutilées par le traité de 1856, après la guerre de Crimée. Le cabinet de Londres s’empressa de relever que ces avantages étaient en contradiction avec les engagemens que la Russie avait contractés au congrès de Paris ; il déclara qu’il ne pourrait, dès lors, admettre la valeur des dispositions arrêtées à San-Stefano qu’à la condition qu’elles seraient soumises, sans en excepter aucune, à l’examen et à l’agrément de toutes les puissances intéressées. Le moment était venu pour l’Allemagne de prendre parti pour ou contre la cour de Saint-Pétersbourg, de renouer avec elle ses relations gravement compromises, de solidariser de nouveau leurs intérêts respectifs ou de s’engager définitivement dans une autre voie et dans d’autres accords. Avec l’aide du roi Guillaume et de son habile chancelier, la Russie aurait pu, comme l’avait fait la Prusse, à deux reprises, grâce à l’empereur Alexandre et au prince Gortchakof, refuser de comparaître devant les puissances assemblées en congrès et revendiquer à son tour l’intégralité des concessions qu’elle avait obtenues de la Porte, au prix des plus douloureux sacrifices, après une guerre longue et meurtrière. Uni à celui des tsars, l’empire allemand, de son côté, n’aurait pas eu à redouter les colères de la Grande-Bretagne ; mais on avait arrêté à Berlin des résolutions qui restèrent immuables. Le roi avait oublié la dette contractée envers son auguste neveu et restée en souffrance ; le chancelier ne se souvenait que de l’attitude et des procédés récens de son collègue de Saint-Pétersbourg. Ils préférèrent le congrès, parfaitement édifiés sur les exigences que l’Angleterre y apporterait. La Russie dut s’y résigner et en agréer la proposition. Abandonnée par la Prusse, elle ne pouvait braver l’hostilité du cabinet britannique, devant l’Autriche réduite et l’Italie disposée à subir l’impulsion qui leur serait donnée soit de Londres, soit de Berlin.

Le congrès se réunit sous la présidence du prince de Bismarck. Le chancelier s’acquitta de sa tâche en honnête courtier, comme il l’a dit, faisant la part de chacun au préjudice de celle de la Russie, sans oublier la France, dans un dessein profitable à l’évolution qu’il avait imprimée à sa politique, et sur lequel nous reviendrons plus loin. Les stipulations du traité de San-Stefano furent