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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/859

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résolu à garder le doigt complètement immobile, néanmoins, le pendule exécute des oscillations toutes les fois qu’on se représente avec vivacité un mouvement ; les oscillations ont lieu dans le sens du mouvement représenté, ce qui prouve bien l’influence involontaire d’une pensée sur les mouvemens de la main. Cette expérience a paru longtemps suffisante pour expliquer tous les phénomènes du spiritisme : une pensée qui obsède l’esprit du médium, puis un mouvement inconscient de sa main traduisant cette pensée obsédante, c’en était assez, semblait-il, pour ramener tout ce qu’il y avait de vrai dans le spiritisme aux lois physiologiques connues. Les faits qui ne rentraient pas dans cette explication étaient mis sur le compte de la fourberie.

Nous sommes devenus aujourd’hui un peu plus exigeans ; nous ne nous contentons pas de ces à-peu-près ; et tout en reconnaissant que l’expérience de M. Chevreul ne manque pas d’ingéniosité, nous ne croyons pas qu’elle contienne le dernier mot du spiritisme.

Représentons-nous aussi exactement que possible ce qui se passe dans la réalité ; et, pour guide, prenons M. Myers, qui a fait de remarquables études sur cette question. Le médium honnête et convaincu ne fait pas seulement des expériences publiques ; il interroge aussi l’esprit pour son propre compte, quand il a besoin d’un renseignement ou d’un conseil. Il s’assied, prend la plume, et pose mentalement une question à l’esprit : puis il attend la réponse avec recueillement. Au bout de quelque temps, sa main s’agite ; elle court sur le papier, traçant des caractères espacés et parfois peu lisibles. Souvent, le médium perçoit mal le mouvement de sa main ; il ne peut pas deviner ce qu’elle écrit, et parfois il ne sent même pas qu’elle écrit. Tout se passe comme si, à ce moment-là, la main devenait temporairement insensible. C’est si vrai qu’un observateur soigneux, M. William James, ayant été témoin de cette sorte d’invocation, a pu toucher et même piquer profondément la main du médium, au moment où celle-ci écrivait la réponse de l’esprit, sans que le médium ait perçu la moindre sensation.

Ce n’est pas tout ; l’écriture automatique n’est réellement qu’une partie insignifiante du phénomène spiritique ; ce qui est plus important que le mouvement de la main, c’est la pensée qu’elle traduit ; les caractères tracés, ne l’oublions pas, ont un sens ; c’est une suite de phrases, tout un discours. Or, le médium n’a pas plus conscience de ces pensées qu’il n’a eu conscience du mouvement de l’écriture. Il s’est borné à poser une question ; pour qu’il connaisse la réponse, il faut qu’il se relise. Ajoutons que, souvent,