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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/849

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pressant dessus pour faire cesser ce mouvement de l’écriture ; j’ai vu un jour les mouvemens communiqués persister plus d’un quart d’heure avant de s’épuiser.

Comme l’intelligence de la malade reste complètement étrangère aux effets de l’expérience et que, si on a pris les précautions voulues, la malade ne se doute même pas que sa main insensible tient un crayon et écrit, on pourrait penser, de prime abord, que la répétition des mouvemens est un acte purement automatique et machinal ; mais un observateur attentif ne sera pas de cet avis ; il saisira bien vite, dans la manière dont la main insensible exécute le mouvement, certains signes qui révèlent une intelligence. En voici un exemple : nous faisons écrire un mot connu, dont nous altérons volontairement l’orthographe ; il est intéressant alors de surveiller le mouvement de répétition ; au moment où la main arrive à la lettre inexacte, elle s’arrête, semble hésiter ; puis tantôt elle passe outre, reproduisant l’erreur, tantôt, au contraire, elle la corrige et rétablit le mot avec son orthographe exacte. L’intelligence qui dirige le mouvement inconscient se révèle encore bien clairement lorsqu’on place dans la main insensible des objets connus dont le contact est capable de réveiller un souvenir ; la main tâte l’objet jusqu’à ce qu’elle l’ait reconnu, comme le témoignent les mouvemens très variés qu’elle exécute. Si on engage les deux premiers doigts dans les anneaux d’une paire de ciseaux, la main ouvre les ciseaux et les referme vivement ; elle semble chercher à couper ; un dynamomètre est-il placé dans la main d’une malade qui connaît l’emploi de cet instrument, les doigts se fléchissent et se mettent à serrer ; enfin, un simple crayon est-il glissé entre le pouce et l’index, ces deux doigts se rapprochent, les autres se plient et la main entière prend l’attitude nécessaire pour écrire ; parfois elle écrit spontanément quelques mots sans que la malade le sache. Alors, il n’y a plus de doute, c’est bien une intelligence inconsciente qui entre en scène.

Il faut la voir à l’œuvre, cette intelligence inconsciente, quand on fait subir au membre qui paraît insensible des excitations violentes, comme des pincemens ou des brûlures ; la main exécute alors, dans certains cas, de curieux mouvemens de défense ou de fuite. Une boîte d’allumettes est mise un jour dans la main ouverte de l’un de ces sujets : au bout de quelques secondes, la main entoure la boîte, la retourne, la palpe de toutes les façons, paraît la reconnaître, prend une allumette, la frotte, l’enflamme, et l’incline un peu ; puis les doigts reculent, comme s’ils fuyaient devant la chaleur, et quand la flamme est tout près, ils se desserrent et laissent tomber l’allumette.