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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/847

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Un grand nombre de ces malades, considérés à l’état de veille et en dehors de leurs crises convulsives, présentent un stigmate, connu depuis fort longtemps, mais dont on n’a compris la valeur réelle que dans ces dernières années ; ce stigmate, — qu’on appelait autrefois la marque des possédés ou la griffe du diable, — c’est l’insensibilité. Le siège et l’étendue de l’insensibilité hystérique sont très variables ; elle peut occuper le corps tout entier, ou la moitié du corps, ou un seul membre ; parfois elle se limite à une région très peu étendue ; c’est, par exemple, un centimètre carré du tégument qu’on peut piquer, pincer, brûler, exciter de la façon la plus énergique sans provoquer la moindre sensation de douleur.

La réalité de cette abolition des sensations peut être mise hors de doute au moyen d’épreuves variées ; il existe même, en dehors de toute expérience, certains signes physiques qui accompagnent fréquemment, non toujours, la perte de la sensibilité chez les hystériques. Les principaux de ces signes sont : l’abaissement de la température locale, l’absence d’hémorrhagie après les piqûres, la diminution de la force musculaire volontaire, la forme de la contraction musculaire, l’absence de fatigue, le retard du temps de réaction, et enfin l’absence de cri de douleur ou de mouvement de surprise, lorsqu’une excitation forte et brusque est portée sur la région insensible, sans que le malade en soit averti. Aucun de ces signes n’est constant ; mais la présence de quelques-uns suffit, le plus souvent, pour enlever à l’expérimentateur la crainte de la simulation. On s’est longtemps mépris sur la vraie nature de l’insensibilité hystérique. Ce n’est pas, comme on l’a cru, une insensibilité véritable ; la sensation n’est pas détruite ; c’est une insensibilité par inconscience, par désagrégation mentale ; en un mot, c’est une insensibilité psychique qui provient directement de ce que la personnalité du malade est altérée ou même complètement dédoublée. L’étude attentive de ce phénomène, si banal dans l’hystérie, va donc nous permettre de regarder de près un exemple tout à fait remarquable de désorganisation de la personnalité.

Voici une jeune fille hystérique dont le bras droit est complètement insensible ; nous l’avons soumise aux épreuves que nous venons d’indiquer, et il a été possible de s’assurer que son insensibilité n’est pas le résultat d’une simulation. Nous n’avons pas besoin d’hypnotiser la malade ou de lui faire subir une préparation quelconque ; nous allons l’étudier dans son état normal, pendant la veille ; la seule précaution nécessaire consiste à lui cacher la vue de son bras insensible en le ramenant derrière son dos, ou en le