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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/846

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des spirites et des médiums. Peu de temps après eux, en France, M. Charles Richet a entrepris, sur la transmission mentale, des expériences au bout desquelles il a trouvé le phénomène de dédoublement. M. Pierre Janet, dont on connaît les nombreuses études sur l’hypnotisme et la suggestion, est arrivé au même résultat que les précédens observateurs ; et de plus, on lui doit une théorie très complète et très soigneusement construite de la désagrégation de conscience. Sans connaître cette théorie, M. Bernheim et M. Liégeois l’ont confirmée par leurs expériences sur certaines suggestions à forme négative, et ils n’hésitent pas à expliquer plusieurs détails de leurs expériences par un dédoublement du moi. Enfin, s’il m’est permis de citer mon nom et mes études, je rappellerai qu’ayant commencé, avec la collaboration de M. Féré, des expériences sur l’insensibilité hystérique, j’ai été tout surpris de rencontrer ce même phénomène de dédoublement, que je ne cherchais pas, et dont la réalité, faut-il le dire, ne me paraissait pas encore bien démontrée. Ces dernières recherches ont été confirmées récemment par celles de MM. Babinski, Onanoff, et de plusieurs autres auteurs.

D’autre part, les cas si intéressans de dédoublement spontané de la personnalité, qui ont été recueillis par M. Azam, M. Dufay, et tout récemment par MM. Bourru et Burot, Proust, Charcot, Pitres, etc., viennent apporter une contribution importante à la théorie de la désagrégation mentale, en nous montrant que la division de conscience n’est point, comme on pourrait le croire, un produit artificiel d’une suggestion maladroite, et que cette division peut s’opérer spontanément chez des personnes qui n’ont été soumises à aucune expérience.

Enfin, nous rappellerons les noms de quelques auteurs auxquels on doit soit des observations isolées, soit des idées théoriques se rattachant à la même question : ce sont MM. Ribot, Paulhan, Beaunis, William James, Max Dessoir, Héricourt, etc.

Nous allons chercher à dégager les conclusions des études précédentes ; ce que nous désirons exposer, ce n’est pas une théorie personnelle à un auteur, c’est une œuvre collective, produite par le concours de tant d’observateurs différens, qu’elle revêt aujourd’hui un caractère impersonnel.


I

Commençons notre étude, en décrivant les expériences capables de mettre en lumière le dédoublement de la personnalité chez les malades atteints d’hystérie.