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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/714

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troubles et ses incidens suspects ; elle laisse voir tous les signes d’un singulier état d’esprit dans ce monde politique qui a repris ses représentations ordinaires et extraordinaires pour l’édification, sinon pour le repos de la France. Ce n’est point, si l’on veut, que dans cette chambre, qui en est encore à « décider son être, » comme disait Frédéric II, il n’y ait des velléités parfois à demi rassurantes, des talens, un certain sentiment vague des grands intérêts nationaux. On se vante volontiers d’être une assemblée nommée pour le travail, d’avoir le goût des affaires. Au besoin, sous une pression d’opinion ou par une sorte d’instinct irrésistible, on fait trêve aux divisions, on se rencontre dans un vote de patriotisme ou de nécessité publique. C’est arrivé plus d’une fois même récemment ; mais il est bien clair qu’à travers tout les vieilles passions survivent, que beaucoup de ces députés, qui ont le goût de l’ordre sans en avoir le courage, sont toujours prêts à se laisser entraîner au-delà de leur rôle, à céder aux premières sommations, aux excitations du radicalisme et à glisser dans l’anarchie des pouvoirs. Cette chambre qui, livrée à elle-même, n’est peut-être pas radicale, fait comme si elle l’était, — et un des signes les plus étranges de cet état moral est certainement le discours que M. Floquet a prononcé au début de la session, qu’une majorité telle quelle s’est approprié en le faisant afficher dans toutes les communes comme si c’était le programme de la politique de la France.

C’est entendu ! M. Floquet passe, au Palais-Bourbon, pour un président de choix, conduisant avec art les travaux de la chambre, maniant sans embarras la férule présidentielle, et au besoin ayant le mot décisif. C’est pour cela qu’il a été une fois de plus réélu. S’il s’était borné, en rentrant dans sa présidence, à faire ses complimens à la chambre, en lui rappelant ses devoirs, et à promettre une impartialité qu’il ne met pas toujours dans les débats qu’il dirige, ce serait tout simple ; mais, évidemment, M. Floquet est trop gonflé de lui-même pour se contenter d’un rôle qui a suffi à de plus grands que lui. Il a une bien autre idée de son importance : il n’est pas fait pour se soumettre aux règles les plus simples, et en remontant sur son siège, il a pris le droit de parler de tout en oracle, d’interpréter à sa façon les élections, de donner son commentaire de la politique républicaine, qu’il confond avec la politique radicale. Il a exposé son programme, qui se résume dans la nécessité de pratiquer la politique de parti, même dans les discussions d’affaires, et surtout de maintenir dans leur inviolabilité « les lois, les doctrines, les espérances républicaines. » Bref, il a fait, non pas un discours présidentiel, mais un discours de chef de gouvernement, ou, si l’on veut, d’aspirant ministre. Il a déplacé tous les rôles, et, du coup, il a dévoilé une fois de plus ce qui est justement une des plaies ou une des faiblesses du temps, l’altération profonde de toutes les conditions du régime parlementaire ; car enfin, avec tout cela, que devient la