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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/689

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quand il avait déjà presque achevé son œuvre ; et ce qu’il avait dit en 1850 dans l’Ermitage ou dans la Clef d’or, il le redisait encore dans un Mariage dans le monde. S’il est quelque remède aux maux dont souffre cette fin de siècle, il n’y en a pas de plus sûr que l’effort individuel ; et de même que la nature ne procède point par révolutions brusques, mais par une longue et lente accumulation d’insensibles efforts, ainsi ce ne sont point des lois qui refont ou qui corrigent les mœurs, mais le travail de chacun de nous sur lui-même :

Mon Dieu ! je le sais, écrit Mme de Loris à M. de Rias, — dans le mariage duquel elle s’est donné pour tâche de faire renaître la concorde et la paix, — les femmes sont élevées trop légèrement en France ; leur éducation est frivole, superficielle, exclusivement mondaine, elle les prépare fort mal au métier sérieux de femme mariée : tout cela, je vous l’accorde ; mais, malgré tout cela, j’ose affirmer qu’en thèse générale il n’y en a pas une qui ne soit moralement supérieure à l’homme qu’elle épouse, et plus capable que lui des vertus domestiques. Et je vais vous dire pourquoi : c’est que les femmes ont toutes à un plus haut degré que vous la vertu maîtresse du mariage, qui est l’esprit de sacrifice, mais il leur est difficile de renoncer à tout quand leur mari ne renonce à rien ; — et c’est cependant ce qu’il leur demande.

La lettre est un peu longue, et je regrette, en vérité, de ne pouvoir la citer tout entière, mais on me permettra d’en détacher encore quelques lignes :

Le mariage est une entreprise qui promet d’inestimables bénéfices ; mais il y a un cahier des charges. L’aviez-vous lu, monsieur ? Je crains que non, car vous y auriez vu qu’une grande part de l’éducation de la femme revient à son mari, que c’est à lui de modeler à son gré, de former suivant ses vœux, d’élever à la dignité de ses sentimens et de ses pensées, ce jeune cœur et ce jeune esprit qui ne demandent qu’à lui plaire : vous y auriez vu qu’il est à la fois sage et charmant d’ajouter aux liens qui unissent une femme à son mari, ceux qui unissent l’élève à son maître, à son instituteur, à son guide, à son ami… Mais vous n’avez pas essayé seulement… Vous avez espéré que cette enfant que vous épousiez allait devenir brusquement, du jour au lendemain, par la seule vertu du sacrement, une femme accomplie… Eh bien ! non, monsieur, c’était un miracle qu’il fallait avoir la bonté d’opérer vous-même.

Après treize ans passés, c’est le langage que nous avons entendu parler plus haut à la comtesse de Vergnes, et dix ans plus tard,