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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/648

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… Au-delà du monde est l’Indéveloppé, au-delà de l’Indéveloppé il n’y a rien : voilà le but, le terme.

Cet être est caché dans toutes les choses et ne luit pas au dehors, mais les voyans subtils le perçoivent par leur intelligence aiguisée et subtile.

Celui qui a connu Cela qu’on n’entend point, qu’on ne touche pas, qu’on ne goûte pas, qu’on ne sent pas, qui n’a pas de forme, qui ne passe point, éternel, sans commencement, sans fin, inaltérable, celui-là est sauvé des mâchoires de la Mort.

Le sage qui connaît cet être comme dépourvu de corps parmi les corps, comme immuable parmi les choses changeantes, comme omniprésent, ce sage est affranchi du chagrin.

Mais celui qui n’est pas tranquille et dompté, dont l’esprit n’est pas dans le calme, il ne connaîtra jamais cet être.

Qui donc sait où il demeure, Celui à qui les brahmes et les kchattryas ne sont qu’une nourriture [1], à qui la mort elle-même n’est qu’un aliment ?

Ainsi va la rêverie du solitaire qui s’achemine vers l’état parfait. Il ne l’a pas encore atteint, car il pense et l’immobilité n’est pas faite dans son cerveau. Quand les cinq instrumens du savoir (les cinq sens) sont inertes, quand l’intelligence ne remue plus, l’homme est délivré. Alors le Brahma qualifié qui est lui-même affranchi du mode, du changement, de l’illusion, redevient le Brahma neutre, l’absolu « qui n’est ni cause, ni effet, ni ceci, ni cela, ni passé, ni futur. » Auparavant, souillé par l’ignorance, il se manifestait dans les apparences. A présent, « il est comme une eau pure, versée dans une eau pure et qui reste la même. » Comme une onde de la mer perdant sa forme et son élan s’évanouit dans la profondeur sombre des eaux inertes, ainsi l’homme vide des désirs, des sentimens, des pensées qui faisaient sa personne, s’enfonce, disparaît dans le sein noir et calme de l’être.

C’est la même doctrine que le Brahme nimbé d’or, assis sous les vertes palmes, dévoile à son disciple agenouillé, et l’histoire suivante [2] que je trouve aussi dans les vieilles Upanishads pourrait servir de commentaire à ma seconde image :

Hari ! Aum [3] ! En ce temps-là vivait Svetaketu Aruneya. Son père Uddalaka lui dit : — Svetaketu, va-t’en à l’école, car il n’y a personne de notre race, mon bien-aimé, qui, n’ayant pas étudié les Védas, soit brahme par la race seulement.

  1. En qui s’absorbent les races et les générations.
  2. Le mot upanishad indique, selon M. Max Müller, la position du disciple dont les mains sont jointes et les yeux fixés sur son maître.
  3. Khandogya, VI, I.