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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/474

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crise périlleuse et humiliante était la suite de toute une politique qui, en prodiguant les dépenses ruineuses, les vexations de parti, les tyrannies locales, les persécutions de croyances, avait accumulé les mécontentemens, les défiances, les désaffections. Le danger a été conjuré parce qu’on n’avait, heureusement, affaire qu’à un fantôme affublé en dictateur de vaudeville, et parce que le pays s’est victorieusement ressaisi devant le péril. C’est un fait ; le souvenir en est encore vivant ! Et pourtant, à peine la petite représentation césarienne a-t-elle cessé d’être une obsession, à peine deux ans sont-ils passés, cette politique, qui a donné la mesure de sa malfaisante influence, essaie de revivre, soutenue avec la jactance de secte par les uns, avec une timide docilité par les autres.

M. Jules Ferry, qui, dans les momens où il veut paraître un homme de gouvernement, est, comme on sait, un grand défenseur du concordat, de la paix religieuse, n’est pas moins opiniâtre pour les laïcisations à outrance, pour la guerre à toutes les habitudes, à toutes les traditions d’enseignement religieux. C’est son programme sénatorial ! Le nouveau sénateur des Vosges ne veut ni halte, ni ménagemens dans la laïcisation. Si même un député de Lyon, républicain instruit et prudent, M. Aynard, demande qu’on ne se hâte pas, qu’on écoute au moins les communes, M. Jules Ferry se refuse fièrement à la plus modeste des atténuations. De sorte que, dans son libéralisme, M. Jules Ferry en est toujours à ne tenir compte ni du plus simple droit des communes, ni du droit des pères de famille ! Il n’est pas jusqu’à l’honnête et paisible M. Méline qui, oubliant un moment l’agriculture, ne se soit cru obligé de dire son mot tout récemment, dans un discours qu’il a prononcé à Remiremont. À la vérité, M. Méline est un peu partagé. Homme de bon sens et de modération, il avoue son respect pour l’idée religieuse, qu’il ose même appeler « une grande force morale et sociale. » Il admettrait volontiers quelques tempéramens dans l’application des lois scolaires et de la loi militaire ; mais aussitôt, comme s’il craignait d’en avoir trop dit, de se brouiller avec les radicaux, il se hâte d’ajouter qu’il ne tient pas à être agréable au clergé, qu’il faut être sans ménagemens pour les prêtres qui se mêlent de politique, que le gouvernement a été peut-être « trop faible « dans ses répressions à l’égard des ecclésiastiques. Il ne méconnaît pas l’importance de manifestations comme celle de M. le cardinal Lavigerie ; mais, en même temps, il se hâte de prendre ses précautions, de déclarer que les républicains doivent être « circonspects et méfians, » qu’il faut se garder de « livrer imprudemment les clefs de la maison ! » Moins fanatique que M. Jules Ferry ou que M. Brisson, qui redoutait si plaisamment, l’autre jour, les « infiltrations » religieuses dans la république, M. Méline a eu visiblement quelque intention modératrice : il a craint d’aller jusqu’au bout, d’avouer tout haut une pensée d’apaisement,