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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/958

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vient de se passer peut interrompre ou suspendre ce travail d’opinion favorable aux libéraux. Sans doute, M. Gladstone, en se séparant de M. Parnell, a eu soin de dégager la cause libérale des périlleuses compromissions, et il reste ce qu’il était, le promoteur hardi et désintéressé d’une politique de justice pour l’Irlande. Il n’y a pas moins, provisoirement, un certain désarroi dont libéraux et Irlandais auront de la peine à sortir.

Les seuls qui puissent être satisfaits de cette étrange crise, ce sont les conservateurs, et lord Salisbury, dans un discours qu’il vient de prononcer devant les électeurs de lord Hartington, à Rossendale, s’est fait avec quelque désinvolture le juge du camp, épiloguant sur l’attitude de M. Gladstone, li a même ajouté, avec une apparence de détachement, ces singulières paroles : « Peu m’importe que M. Parnell sorte victorieux de cette lutte ou qu’il soit renversé… » Lord Salisbury parle en dilettante. On dit d’ailleurs que, profitant de la circonstance, il aurait eu l’intention de hâter les élections, dans l’espoir de surprendre l’opinion et de s’assurer une nouvelle période de pouvoir ; mais le ministère conservateur lui-même serait-il si certain d’avoir une majorité dans ces élections ? Ce serait peut-être pour lui une tentative assez hasardeuse, — surtout si cette crise devait avoir cette autre conséquence de ramener un jour ou l’autre ses alliés, les libéraux unionistes, à leur ancien parti, au vieux parti libéral. Ce n’est point impossible, c’est encore un des élémens de cette curieuse situation créée par les galanteries d’un leader. Et voilà comment les petites causes peuvent toujours avoir de grands effets dans la politique des plus puissantes nations.

La fortune électorale est changeante en tout pays. Elle peut l’être pour une petite cause en Angleterre, au prochain scrutin ; elle l’a été récemment aux États-Unis sous de bien autres influences, par des raisons qui tiennent au plus profond de la vie américaine, qui intéressent aussi l’Europe. Le mouvement d’opinion qui a décidé de ce scrutin américain, qui s’est traduit dans l’élection des législatures locales comme dans l’élection des représentans fédéraux au congrès, a été soudain et irrésistible. Les résultats n’étaient connus jusqu’ici que dans leur ensemble ; ils sont, aujourd’hui, plus nettement précisés, et, tout bien compté, dans ce nouveau congrès, à part quelques indépendans de tous les partis, les républicains n’ont plus que 91 voix, les démocrates sont au nombre de 224 ; les démocrates ont une majorité de 140 voix ; ils ne s’attendaient pas sans doute à un succès de scrutin qui dépasse les succès ordinaires des partis américains. La manifestation est certes éclatante, d’autant plus significative qu’elle s’est produite au lendemain du vote du bill Mac-Kinley, qu’elle a éclaté comme une protestation instantanée contre une législation douanière aussi méticuleuse qu’oppressive, contre le protectionnisme à outrance des pouvoirs officiels. Ce n’est point à dire cependant que celte victoire puisse