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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/947

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point vous dire le secret, comme il était sur le point de rentrer en Europe, l’obligea d’y rentrer par le chemin le plus long, c’est-à-dire à rebours, à travers la Colombie, l’Alaska, le détroit de Behring, la Sibérie, etc. On devine aisément de quelles péripéties de toute sorte l’imagination toujours féconde et toujours aventureuse de M. Jules Verne a pour ainsi dire semé ce long voyage. Et la vraisemblance en est souvent plus que douteuse, comme encore les plaisanteries dont il aime à égayer son récit sont parfois un peu grosses ; mais il faut pourtant en convenir, cela se lit, quoi qu’on en ait, tout d’une haleine et jusqu’au bout. Que faut-il davantage ?

M. Ernest Legouvé a pourtant des visées plus hautes : « Je voudrais, dans ce volume, nous dit-il dans la Préface d’une Élève de seize ans, présenter sous une forme vivante une question importante et délicate de l’éducation des femmes ; » et cette question est de savoir si, la femme devant être élevée aussi bien que l’homme, mais autrement, « cet autrement est suffisamment marqué dans les lycées de jeunes filles ? » M. Legouvê ne le pense pas, et son livre a pour objet de « marquer cet autrement. « Il nous raconte donc ses relations avec M. Samson, « le plus grand professeur de diction qu’il ait vu ; » et il fait observer que Bossuet, sans les femmes, n’aurait pas laissé derrière lui, quoique d’ailleurs « immense, » une seule œuvre qui subsistât tout entière. « Jeunes ou vieux, petits ou grands, riches ou pauvres, dit-il encore ailleurs, voulez-vous apprendre à honorer Dieu, à aimer votre prochain, à vous respecter vous-mêmes, à être dévoués en amitié, fidèles en amour,

Pour maître de morale, adoptez La Fontaine ;

et, un peu plus loin, il nous présente Molière comme « le poète des jeunes filles au xvn8 siècle. » Ce qu’il y a d’ailleurs de plus bizarre que tout le reste, c’est le plaisir qu’on trouve à lire les petits paradoxes de M. Ernest Legouvé. Car, du peu que nous en avons dit, on se tromperait fort si l’on voulait tirer cette conclusion qu’une Élève de seize ans est un livre ennuyeux. Tout au contraire ! s’il n’instruit pas, il amuse, et pour être plein d’idées fausses, il n’en est que plus charmant. Mais où est « cet autrement » qu’on nous avait promis ? et la « question, » qu’est-elle devenue ?

Nous dirions encore volontiers quelques mots de l’Histoire de deux Bébés, par M. J. Lermont ; du Petit Gosse, de M. William Busnach, dont aussi bien nous croyons avoir déjà parlé jadis ; du Théâtre à la maison, de Mlle Berthe Vadier ; enfin du Magasin d’éducation et de récréation, mais il faut nous borner, et surtout, puisque nous touchons à ce genre