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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/904

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étaient exposés. Pour leur rendre un peu d’éclat, on les revernissait de temps à autre, sans faire suffisamment disparaître la saleté dont ils étaient couverts, et qui se trouvait ainsi emprisonnée sous ces couches successives. Van Dyck nous parle déjà des accumulations d’huile rance et de vernis dont il avait dû débarrasser la peinture de Rembrandt ; mais l’opération à laquelle il s’était livré n’avait pas eu, paraît-il, grande efficacité, car peu après l’obscurité avait de nouveau envahi l’œuvre ainsi restaurée. Les tons en étaient devenus si confus, les ombres si foncées, que Reynolds, qui la vit en 1781, pouvait à peine y reconnaître la main de Rembrandt. Son aspect alors n’expliquait que trop cette appellation de Ronde de nuit qui lui avait été donnée au siècle dernier et qui, avec les ténèbres toujours croissantes dont elle était envahie, pouvait paraître de plus en plus fondée.

Après avoir hésité longtemps, à raison des difficultés de l’entreprise, il fallut bien, à la fin, se résoudre au nettoyage, qui, effectué l’an dernier par M. Hopman, a complètement réussi. La couche d’huile et de vernis superposés, qui était devenue rugueuse et opaque, a été amincie et égalisée au doigt, puis rendue transparente, grâce aux émanations légères de l’alcool froid auxquelles la toile a été exposée. Le tableau, que nous avons revu cette année, a repris un éclat surprenant ; il saisit à première vue ceux qui croyaient le mieux le connaître et les oblige à revenir sur des critiques qui, jusque-là, n’étaient que trop justifiées par son état. En même temps que les noirs y apparaissent maintenant plus veloutés, plus savoureux, les clairs ont retrouvé leur brillante fraîcheur, et, bien que l’écart qu’ils offrent avec les tons foncés ait été ainsi encore augmenté, la transparence des ombres atténue cet effet et prévient la dureté. Les nuances, plus affirmées, ont désormais leur beauté propre et s’harmonisent mieux entre elles. Enfin, bien des morceaux qui passaient inaperçus se révèlent aujourd’hui à nous, et, en même temps que le regard aime à se poser sur une foule de détails agréables qu’on ne pouvait guère soupçonner auparavant, l’ensemble a gagné, comme unité et comme tenue. Cette opération si redoutée, à laquelle la commission du musée ne s’était résignée qu’à regret, a donc été couronnée d’un plein succès.

Est-ce à dire qu’elle aurait dû être menée plus avant ? Nous ne le pensons pas, un dévernissage complet présentant le danger trop réel d’entamer l’épiderme de la peinture et de la dépouiller de ces délicatesses d’exécution qui en sont comme la fleur. On a beaucoup parlé à ce propos, avec un peu d’exagération, ce me semble, de ces vernis colorés dont la mode aurait sévi au commencement de ce siècle et dénaturé plus d’un chef-d’œuvre des maîtres. Il fut un temps, paraît-il, où l’on aimait à voir jaune ;