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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/886

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Un pareil travail semblait cependant peu fait pour le talent d’un artiste qui, avec Van Mander et Goltzius, s’était posé en apôtre fervent de l’art italien. Son Repas des gardes civiques de 1583 et celui de 1599 (tous deux au musée de Harlem) présentent un contraste frappant avec ses productions habituelles, inspirées le plus souvent par l’histoire sacrée ou profane. Autant, dans ces dernières, il est maniéré, plein d’affectation, heureux de montrer la subtilité de ses inventions et de faire parade de son habileté à peindre le nu, autant ici il est simple et paraît peu se soucier de ses procédés ordinaires de composition. Il semble que nous soyons en face d’une étude faite, sans aucun parti-pris, d’après nature, et il est curieux de voir un italianisant aussi renforcé oublier à ce point toutes ses préoccupations de style, toutes les réminiscences des maîtres qui lui sont chers, pour rester franchement Hollandais quand il lui faut traiter un sujet emprunté à la vie de son temps et de son pays. Les archers qu’il a représentés assis autour d’une table n’ont rien à voir avec les Grecs et les Romains. C’est avec une sincérité entière que l’artiste nous montre leurs mâles visages et leurs poses familières. Heureux de se trouver réunis et d’évoquer ensemble les souvenirs encore vivaces d’un passé glorieux, ils vident leurs brocs en vantant les bienfaits de l’indépendance récemment acquise à leur patrie. Ces repas de corps, célébrés d’habitude à l’époque de la fête annuelle des Doelen, ont également fourni le sujet des tableaux de gardes civiques exécutés à Harlem en 1600, 1610 et 1619 par Frans-Pietersz de Grebber qui, s’il ne fut pas l’élève de Cornelis, subit du moins son influence, et c’est la même donnée qu’a traitée un de ses disciples, Engels Verspronck, dans une autre grande toile où il a représenté en 1618 les coulevriniers du Doelen de saint George.


III

A raison de l’importance et de la richesse d’Amsterdam, les associations militaires y avaient aussi reçu un accroissement considérable. Elles existaient dès le XIVe siècle, et les gildes de saint George et de saint Sébastien avaient même joué un rôle très actif au siècle suivant ; puis à la suite de leur dissolution en 1517, les biens de la communauté avaient été vendus. En 1522, les coulevriniers avaient fondé un nouveau Doelen sous l’invocation de saint Michel. Mais Amsterdam n’avait pas eu à supporter, comme Harlem et Leyde, les longues et terribles souffrances d’un siège, et les cités voisines avaient pâti pour elle. C’est presque sans effort et sans aucune effusion de sang qu’elle avait chassé de ses murs les autorités et le clergé espagnols. Bien que restées en dehors de la lutte, ses corporations de francs-tireurs disposaient cependant