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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/880

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déjà ces peintures. Bien qu’elles fussent exposées dans des églises et que les membres de ces associations formassent en réalité des confréries religieuses, les portraits de ces membres y sont seuls représentés, et l’on y chercherait en vain le Christ, la Vierge ou les saints patrons, qui constituent, au contraire, le sujet principal dans les tableaux analogues qu’on exécutait alors en Flandre. On comprend d’ailleurs que cette suite de personnages naïvement alignés et juxtaposés côte à côte n’offrît pas grande ressource pour une composition pittoresque. Il semble, au surplus, que Scorel, absorbé par une foule de travaux de toute sorte, — il était ingénieur en même temps que peintre et homme d’église, — n’ait pas accordé à ces collections de portraits le soin qu’il mettait d’ordinaire à ses portraits isolés. L’exécution est, en effet, assez sommaire, et, tout en montrant une certaine largeur dans le dessin, les têtes peintes avec des couleurs très délayées laissent paraître le trait de l’esquisse, comme si l’artiste, après en avoir nettement établi les contours, s’était appliqué à ménager ce travail initial, afin d’épargner sa peine. La confrérie d’Utrecht devait durer quelque temps encore après la mort de Scorel, et son illustre élève, Antonio Moro, avait peint pour elle les portraits réunis de deux chanoines de cette ville qui en faisaient partie, dans un tableau qui appartient aujourd’hui au musée de Berlin.

Il semble que ces associations avec leur organisation à la fois religieuse et militaire, leurs jours de fête consacrés, leurs repas annuels et leurs locaux ornés des portraits de leurs membres aient servi de types aux associations purement militaires de francs-tireurs, d’archers ou d’arquebusiers, qui bientôt allaient les remplacer. Au moment même où la Réforme supprimait en même temps que le clergé les commandes faites pour les églises aux artistes, ceux-ci voyaient s’ouvrir devant eux des voies nouvelles, et ils retrouvaient parmi leurs concitoyens les protecteurs qu’ils venaient de perdre. Comme en Flandre, les corporations de gardes civiques remontaient à une époque assez reculée et les noms de saint Sébastien, patron des archers, ou de saint George, patron des soldats, plus rarement ceux de saint Michel, de saint Antoine ou de saint Adrien, servaient à désigner les diverses compagnies. Là aussi, les princes et les gouvernans avaient d’abord protégé la création de ces sociétés en leur accordant des privilèges. C’est ainsi que les gildes des coulevriniers de Bois-le-Duc et de La Haye, fondées en 1525 et en 1538, devaient leur établissement à Charles-Quint, et ce prince faisait également cadeau à la gilde de Middelbourg d’un bocal en vermeil, aujourd’hui au musée de cette ville. Enfin, un vase sacré orné d’émaux, travail remarquable de l’orfèvrerie bourguignonne, avait été offert à la gilde de Saint-George