Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/851

Cette page n’a pas encore été corrigée


agenouillées qui présentaient requête. C’étaient la mère, la femme et la fille de Foucquet. Le premier président Lamoignon, qui était en même temps président de la chambre de justice, fit lire, en dépit de Talon, la requête où l’accusé récusait cette chambre et réclamait la juridiction du parlement. Loin de déplaire au parlement, la réclamation avait au fond sa faveur ; mais il fallait prendre les ordres du roi. Une députation s’en vint à Saint-Germain. Le chancelier fut sévère ; il s’étonna qu’après les défenses faites par le procureur-général, la cour se fût permis de lire la requête et d’en délibérer ; le roi, en quelques mots, se montra encore plus dur.

De la mi-juillet à la mi-septembre, le temps fut employé en confrontations ; sur une centaine de témoins assignés, il n’y en eut qu’une vingtaine de confrontés avec Foucquet. Cette partie de la procédure ne fit pas beaucoup avancer l’instruction. Cependant, la question depuis plusieurs mois en suspens venait d’être résolue en faveur de l’accusé ; il lui était accordé un conseil et les inventaires des papiers saisis lui seraient communiqués. Il eut même deux conseils au lieu d’un, deux avocats nommés Lhoste et Auzanet. Pour lui, depuis si longtemps au secret, privé de toute communication avec le dehors, à peine guidé dans ces ténèbres, parmi les pièges des interrogatoires, par son instinct et par sa mémoire, c’était la lumière qui allait lui rendre la plénitude de son intelligence et de ses moyens.

Il y avait treize mois qu’il avait été arrêté ; Louis XIV et Colbert avaient hâte d’en finir ; mais le procès, bien qu’étant ce qu’on appelait « appointé, » autrement dit mis au point, propre à être jugé, n’était en fait ni prêt à l’être ni près de l’être. Il fallait d’abord nommer un rapporteur ; Colbert en fit nommer deux, Olivier d’Ormesson, maître des requêtes, et Sainte-Hélène, président au parlement de Normandie. Il y avait aussi à recevoir a les productions » écrites des deux parties, celle du procureur-général du côté de l’attaque et celle de l’accusé du côté de la défense. Or pour la sienne, Talon n’était pas en mesure parce que Gomont, très formaliste, on l’a dit, n’aboutissait pas. Du côté de Foucquet, il pouvait travailler avec ses conseils, à ses mémoires et à ses requêtes ; mais il aimait mieux les rédiger lui-même, sauf à les revoir avec eux et à se servir d’eux pour les produire au dehors. Il profitait habilement des retards de Talon : comment fournir des contredits à des conclusions non signifiées ? Il allait plus loin : comment répondre au commandement de produire quand on retenait tous ses papiers ? En effet, qu’était-ce que ces inventaires dont la communication lui avait été permise ? Quand, par qui, dans quelles conditions avaient-ils été