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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/777

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communauté, c’était toujours l’Autriche qui recevait et l’Angleterre qui payait. Sans les larges subsides si généreusement octroyés par le parlement britannique, ce n’était pas de quelques provinces seulement, mais de toutes ses possessions héréditaires, que la fille orpheline de Charles VI se verrait aujourd’hui dépouillée : elle serait errante encore, fugitive et abandonnée, dans les steppes de la Hongrie. Quelques points reculés du Nouveau-Monde étaient une faible indemnité pour une part si libéralement prise à une compétition qui, à vrai dire, touchait l’électeur de Hanovre bien plus que le roi d’Angleterre, et, à moins que cela, les ministres du roi George seraient accusés d’avoir fait jouer à leur patrie un rôle de dupe. Et ce qu’on ne disait pas tout haut, mais ce que tout le monde sentait en Angleterre, c’est qu’il n’y avait pas seulement des avances pécuniaires à compenser, mais surtout à panser une blessure d’amour-propre. La guerre continentale avait rapporté aux armes britanniques aussi peu d’honneur que de profit : sauf la journée si chèrement disputée de Dettingue, et dont le lendemain on avait si mal profité ; partout ailleurs, ni à Fontenoy, ni à Rocoux, la ténacité anglaise, mise aux prises avec la valeur française, n’était sortie de la comparaison à son avantage. Cumberland avait toujours menacé bruyamment Maurice sans l’atteindre et sans réussir à réveiller, même dans les plaines de Ramillies, l’écho des souvenirs de Marlborough ; un moment même, la dynastie protestante se sentant ébranlée dans ses fondemens, et Londres craignant d’être enlevé par une poignée de montagnards écossais, le drapeau anglais avait dû s’éclipser précipitamment et disparaître de tous les champs de bataille. C’était de la mer seulement que la consolation était venue dans ces jours d’épreuve. Les succès remportés par l’escadre de l’amiral Anson sur les rives de l’Océan-Atlantique, la garnison française de Louisbourg faite captive tout entière et jetée sans armes sur une côte de Bretagne, c’étaient là les seuls souvenirs qui flattaient l’orgueil national, et dont la possession du cap Breton demeurait l’éclatant témoignage. On ne renonçait pas facilement à perdre le fruit unique de tant d’efforts partout ailleurs ingrats. — « Gardez-nous le cap Breton ! » Telle était, disait-on, la dernière parole adressée par le prince de Galles à lord Sandwich, en l’embarquant pour la Hollande. La prédominance des intérêts commerciaux et maritimes sur tous les autres devenait d’ailleurs de plus en plus le caractère persistant de la politique anglaise.

Ce dialogue, si vivement suivi et à tout moment repris entre les cabinets de Vienne et de Londres, arrachait parfois à Marie-Thérèse des traits piquans et d’une assez amère ironie. Ainsi M. d’Arneth nous apprend que, lorsqu’elle se sentait trop vivement pressée de faire une part à l’Espagne en Italie (soit pour répondre aux