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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/720

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la Banque de France à la Banque d’Angleterre, a été surtout un moyen de mettre ce dernier établissement en mesure de rendre aux places de Londres et de Paris le grand service que les circonstances allaient lui imposer. Il faut considérer qu’au moment où ce prêt a été concédé, la Banque d’Angleterre était à la limite de ses ressources et presque contrainte de suspendre ses opérations d’escompte. L’anxiété régnait à Londres, le désarroi était à son comble à New-York. Lorsque enfin la crise eut atteint son point aigu, le 15 novembre, la Banque d’Angleterre était, grâce au renforcement considérable de son stock d’or, en mesure d’agir résolument et vite. En quelques heures fut constitué le syndicat de garantie pour le compte duquel elle se chargea de tous les engagemens de la maison Baring. On sut ainsi presque en même temps, et que les places financières venaient de courir le plus grand péril et que ce péril était conjuré.

On avait affaire, avant tout, à une crise de crédit. La spéculation anglaise a dû se résoudre à de désastreux dégagemens de positions. Les banques ont battu monnaie en vendant à Paris et à New-York tous les titres que la crise ne pouvait atteindre. Finalement la liquidation mensuelle s’est bien passée, le taux officiel de l’escompte n’a pas été porté au-dessus de 6 pour 100, la position de la Banque d’Angleterre est redevenue très forte, les affaires ont repris leur cours normal dans la Cité.

Deux mesures heureuses ont contribué à produire cet apaisement à Londres : 1° la constitution immédiate d’une nouvelle maison Baring, au capital de 25 millions de francs et à responsabilité limitée, avec M. Thomas-Charles Baring et quelques-uns des associés de l’ancienne maison, pour administrateurs ; 2° la formation d’un comité anglo-franco-allemand siégeant à Londres, et ayant pour objet l’examen de la situation des finances argentines et la recherche des moyens de remédier à cette situation.

C’est en effet l’impossibilité où est la République Argentine de continuer à faire face à ses engagemens en Europe, qui a été la cause originelle de la crise récente et qui reste le point noir. Tous les titres argentins ont subi une dépréciation importante depuis deux mois, et si cette dépréciation ne s’accentue pas et semble au contraire faire place à une légère amélioration, ce résultat est dû à l’étroitesse du marché et à l’annonce de l’envoi en Europe des fonds nécessaires au paiement des coupons de janvier.

La crise qui s’est déclarée à New-York a été sans doute en partie aggravée par les embarras si intenses de la place de Londres. On ne doit pas oublier toutefois que les difficultés monétaires aux États-Unis remontent au mois d’août, et que le secrétaire du Trésor a dû, par des rachats de bons fédéraux et des paiemens anticipés d’intérêts, fournir au-marché américain plus de 100 millions de francs en quelques semaines. La hausse générale des prix de toutes les choses