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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/713

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République Argentine, qu’elle s’est trop prêtée à des entreprises hasardeuses, aux imprévoyantes prodigalités de ces jeunes états de la Plata qui se sont jetés, depuis quelques années, dans toutes les aventures financières, industrielles, et qui les aggravent par leurs gaspillages comme par leurs révolutions. Toujours est-il que le moment est venu où elle s’est trouvée avec des engagemens démesurés à court terme, — 100 millions de traites venant de Buenos-Ayres, plus de 500 millions d’obligations à couvrir, — et des ressources sinon inférieures, au moins d’une réalisation presque impossible et peut-être d’une valeur devenue douteuse. Encore un instant, la maison qui porte aux extrémités de l’univers le crédit britannique allait suspendre ses paiemens, et la chute des Baring entraînait fatalement la débâcle d’une multitude de banques dans toute l’Angleterre. La situation était d’autant plus grave que la crise du marché anglais se lie aux crises qui sévissent à New-York, à Berlin. La catastrophe était imminente !

On y a pourvu sans doute sur-le-champ par la promptitude et l’énergie des résolutions ; on n’a pas attendu que le désastre eût éclaté pour en détourner ou en atténuer les conséquences. Les plus grandes maisons de la cité se sont alliées pour organiser le sauvetage en prêtant leur garantie et leur appui à la maison Baring dans ses embarras. La Banque d’Angleterre elle-même, la première intéressée aux vicissitudes du marché anglais, est intervenue avec son autorité ; cette puissante banque, un peu gênée par la rigueur de son acte constitutif, et par l’insuffisance de ses encaisses métalliques, mais assez prévoyante pour se mettre en mesure de tenir tête à l’orage, n’avait point hésité, sans plus attendre, à faire appel à la Banque de France, qui, à son tour, sans marchander, s’est hâtée de mettre à sa disposition une somme de 75 millions de francs en or. C’est là un fait dont il n’y a, il nous semble, ni à diminuer, ni à exagérer la signification. Évidemment la Banque de France, en répondant comme elle l’a fait à la Banque d’Angleterre, n’a pas obéi à un simple mouvement de générosité ; elle s’est inspirée d’un intérêt français. Elle a compris que, si la crise se prolongeait et s’aggravait sur le marché anglais, si l’escompte montait trop à Londres, le contre-coup ne tarderait à se faire sentir à Paris, elle serait elle-même obligée d’élever ses escomptes, et le commerce français, surtout le commerce parisien, en ce moment, aurait à en souffrir. Elle a fait une opération de prévoyance. Il n’est pas moins clair qu’elle a rendu en même temps le plus sérieux service et à la Banque d’Angleterre et au marché anglais. Les faits sont ce qu’ils sont, et il n’y a pas là de quoi tant épiloguer ; il n’y a pas surtout de quoi motiver des polémiques assez oiseuses entre quelques journaux français, qui se sont peut-être un peu trop complu à exalter le service rendu à l’Angleterre, et quelques journaux anglais qui se croient obligés de démontrer que l’Angleterre n’a pas besoin d’être secourue, que